Caraibexpat_portrait_Manuel7_BresilCette semaine Caribexpat.com débarque au Brésil où vit Manuel.

Baroudeur né, il a voyagé dans plusieurs îles anglophones de la Caraïbe dès son plus jeune âge avant de partir pour Toulouse puis Paris et enfin l’Amérique du sud !

Installé ici depuis 2013, il mène 3 activités de front : Directeur au sein d’un groupe mondial de télécommunications, artiste et entrepreneur. Rencontre avec un couteau suisse martiniquais à São Paulo !

Quel a été ton parcours avant d’arriver ici ?

J’ai fait ma scolarité en Martinique. Durant mon enfance, j’ai voyagé dans la Caraïbe pour perfectionner mon anglais : Barbade, Trinidad, Sainte-Lucie, Dominique. A 17 ans, je suis parti en classe préparatoire à Toulouse puis j’ai intégré HEC Paris où j’ai étudié pendant 4 ans avec une spécialisation en marketing.

J’ai décroché mon diplôme en 2005 puis j’ai commencé à travailler. J’ai intégré le groupe Orange où je travaille encore actuellement et j’ai occupé plusieurs postes pendant 8 ans : chef de produit à la régie publicitaire online, manager d’une équipe de 4 personnes et manager d’un projet de banque sur mobile implantée en Afrique.

Pourquoi choisir le Brésil plutôt qu’un autre pays ?

Je suis arrivé au Brésil en 2013. J’ai suivi ma compagne qui est également de la Martinique et qui a eu une opportunité professionnelle. Elle a fait une partie de ces études au Brésil, j’avais donc eu l’occasion d’y venir plusieurs fois et le fait d’y habiter avec un projet professionnel nous disait énormément. Nous avons sauté sur l’occasion !

En quoi consiste ton travail au quotidien ?

Aujourd’hui je suis Directeur d’une des entités d’Orange au Brésil.

Jusqu’à mon arrivée, la marque était plutôt connue des entreprises. Ma mission consiste à développer les activités grand public. J’ai notamment mis en place : un portail de contenus online, une plateforme de vidéos online, une plateforme multi-opérateurs de transfert de crédits pré-payés entre le Brésil et le reste du monde et un site e-commerce de vente de smartphones, cellulaires, tablettes de la marque orange, avec une livraison dans tout le Brésil.

Les projets à l’étude pour les prochains mois sont la création d’un opérateur mobile Grand Public, avec éventuellement un réseau de distribution physique.

Quelles démarches as-tu entrepris pour organiser ton départ ?

Pour le Brésil, il est nécessaire d’avoir un visa de travail de deux ans. Les démarches sont encadrées par un cabinet mandaté par l’entreprise. Il s’occupe également des procédures de déménagement. Enfin, dans mon cas, ayant un régime proche de l’expatriation, il y avait également toutes les formalités avec les caisses de retraite, maladie, chômage…

Comment se sont déroulés tes premiers jours ici ?

Nous sommes installés à São Paulo, une mégalopole de 20 millions d’habitants ! Les premiers jours, et je dirais, les premiers mois, il est nécessaire de prendre ces marques. Ce n’est pas évident notamment dans un pays où la bureaucratie est très lourde.

Qu’est-ce-qui t’a marqué au Brésil par rapport aux Antilles ?

Le Brésil est un pays-continent. Je n’en connais qu’une partie. Ce que je retiens de ma vie au quotidien à São Paulo est la chaleur humaine, l’importance du relationnel, la simplicité et la gentillesse des gens !

En vivant ici, on apprend à déchiffrer un peu la culture. Les Brésiliens, même s’il est toujours hasardeux de vouloir généraliser, préfèrent le consensus aux conflits et auront tendance à fuire ces derniers. Il faut donc apprendre à lire entre les lignes, déchiffrer les non-dits et faire attention à ne pas les blesser par des propos trop directs.

Que dire sur la vie à São Paulo ?

J’ai beaucoup de choses à dire à ce sujet ! Les lecteurs intéressés pourront me contacter.

D’abord le niveau de vie est très cher et il n’est pas évident de trouver un appartement et de venir à bout de toutes les démarches administratives. La ville peut parfois sembler chaotique : embouteillages monstrueux, réseau de bus un peu vétuste et un réseau de métro insuffisant…

Cependant la vie à São Paulo est fascinante ! La ville s’est construite par des vagues d’immigration successives provenant principalement d’Europe, du Japon et d’autres villes du Brésil. C’est une ville qui ne dort jamais ! Il y a un nombre invraisemblable de restaurants et toutes les cuisines du monde. On peut manger à toute heure et il y a une réelle culture des bars, où la bière coule à flots tous les soirs de la semaine.

Enfin, il y a une vie culturelle très riche avec beaucoup de musées, d’expositions, de concerts et de spectacles…

Ton album “Caribe do Brasil” mélange le créole et le portugais ainsi que le zouk ou encore la biguine aux rythmes typiques brésiliens. D’où t’es venue cette idée ?

Plusieurs choses m’ont poussé à réaliser Caribe do Brasil*. D’abord, un élan patriotique. Quand j’explique aux gens d’où je viens, ils sont fascinés. Ils ne savent pas placer la Martinique et la Caraïbe sur une carte et connaissent peu de choses sur le sujet mais on peut ressentir une vraie curiosité. J’ai voulu faire découvrir un échantillon de notre richesse rythmique. J’ai choisi d’écrire en portugais car le sens des mots est important et cela facilite l’accès à la musique. Mais le créole permet aux Brésiliens de découvrir la musicalité incroyable de cette langue.

Autre bonne raison, les cours de “zouk” sont à la mode au Brésil. Mais la danse enseignée n’a de lien avec notre zouk que le nom ! Il s’agit plus d’un mélange de lambada avec des passes rock et salsa. Sur l’album, le titre « O Palhaço » est un nouveau style le “Zouk-Batuk” que nous avons créé et qui mélange la batucada brésilienne avec le zouk caribéen. Cela permettra aux Brésiliens de voir ce que l’on entend par “Zouk” dans la Caraïbe. Cela me permettra, aussi de faire référence à l’histoire du Zouk, en parlant par exemple de Kassav’ et des autres artistes connus.

Toutefois, la raison la plus importante a été de se rendre compte des similarités frappantes entre la musique brésilienne et caribéenne, tout en étant différentes. On pouvait donc tenter de faire ces rythmes se rencontrer avec harmonie au sein d’un même morceau.

Comment s’est déroulé l’enregistrement de l’album ?

Arrivé au Brésil, le hasard a voulu que j’ai pour voisin Jérôme Gras, un ami et un excellent musicien que j’ai connu à Paris. A l’époque nous avions un trio de jazz. Nous avons recommencé à jouer ensemble et la complicité musicale a rejailli. Il m’a proposé de faire un album et j’ai accepté !

Jérôme m’a présenté l’artiste brésilien Leo Fressato, dont il avait arrangé l’album quelques années auparavant. Ce chanteur est incroyablement doué. En 2011, la vidéo du titre « Oração » a atteint plus de 10 millions de vues en quelques jours, la plaçant à l’époque n° 1 de toutes les vidéos Youtube au Brésil !

Lorsque nous composions les titres, je faisais l’exercice de projeter mentalement la fusion

rythmique que nous pourrions faire entre les influences brésiliennes et caribéennes. Je voulais aussi ramener la Caraïbe dans ce projet brésilien. J’ai appelé quelques amis musiciens que j’avais rassemblés pour la composition et la production du premier album d’ERIK “Chayé Kow”. Et, ils m’ont de nouveau fait confiance. Mieux encore, ils se sont réellement impliqués pour imprimer leur personnalité dans le projet !

Parmi eux : Thomas Bellon, actuel batteur de Kassav, Siam Lee, mon associé au sein d’AWImusic à Paris, Jussi Paavola de la Dominique, Boris Reine-Adélaïde, Ronald Tulle, Yann Negrit, Julien Chipotel, l’artiste brésilien Leo Fressato, l’artiste de hip hop kreyol EDS, Cédric Louis, qui a assuré le mixage de l’album depuis son studio à Miami. Enfin Sidney Kwanone qui a créé le graphisme de l’album et tout l’univers autour d’OMELÔ, « Caribe do Brasil ».

L’album a été enregistré entre São Paulo au Brésil, Paris, la Martinique, la Dominique puis mixé à Miami, aux Etats-Unis. On peut dire que c’est réellement un projet international !

Changeons d’univers pour entrer maintenant dans celui des nouvelles technologies, ton autre passion. Peux-tu nous parler de vyte.in ?

Vyte.in* est une application qui permet d’organiser ses réunions en un rien de temps. L’organisation de réunions peut être pénible car il n’est pas évident de trouver un créneau qui convient à tout le monde. “vyte.in”, c’est le mot “invite” (invitation) à l’envers. Nous souhaitons bousculer la façon dont les gens organisent leurs réunions en proposant une approche beaucoup plus efficace.

J’ai co-fondé vyte.in en avril 2014 avec Martin Saint-Macary, un ancien collègue d’Orange et Philippe Hong. Je me charge de la partie marketing, Martin s’occupe du développement et Philippe gère le design.

Comment fonctionne vyte.in ?

Tu fais des propositions de créneaux directement depuis ton agenda. Vyte.in affiche les créneaux disponibles dans ton agenda et celui des autres invités peu importe la solution utilisée (google calendar, une solution d’entreprise etc..). Cette fonctionnalité est souvent disponible à l’intérieur d’une entreprise. Nous la rendons désormais disponible pour les meetings cross-entreprises !

A partir d’un calendrier qui affiche tes créneaux libres, les invités peuvent voter pour ceux qu’ils préfèrent ou faire des contre-propositions qui conviendront donc à tous les coups. Après le vote de chacun, il suffit de confirmer la meilleure date et tous les agendas seront synchronisés.

Pas besoin de s’inscrire ou télécharger quoi que ce soit, grâce à l’e-mail unique indiqué dans l’invitation, ils sont reconnus automatiquement par vyte.in. L’application est gratuite et disponible sur ordinateur, tablette ou smartphone.

Pour le moment, le créateur du rendez-vous via vyte.in doit avoir un compte Google mais dans peu de temps se sera possible avec Outlook/Exchange, iCloud, etc…

Nous avons des applications mobiles et des extensions en projet également.

Revenons un peu sur ton arrivée au Brésil. Que conseilles-tu à ceux qui souhaitent trouver un emploi et s’y installer aussi ?

Il faut savoir que le visa de touriste au Brésil est de 90 jours. Certains étudiants font des stages avec ce visa mais normalement, il faut être inscrit dans une université brésilienne. Il y a pas mal d’étudiants qui viennent ici grâce à des échanges universitaires. C’est sûrement la voie la plus aisée.

Pour la recherche d’emploi, le mieux est d’être envoyé par son entreprise au Brésil car les modalités de visa seront encadrées et prises en charge. Une autre voie est le V.I.E* mais la compétition est rude et les postes rares. Si c’est une démarche personnelle, cela peut être le parcours du combattant. La maîtrise du portugais est dans ce cas une condition sine qua non.
Venir au Brésil (via son visa touriste) peut être une bonne idée pour se faire des contacts et trouver des opportunités. Entre autre les ingénieurs sont très recherchés ici.

Pour les entrepreneurs, il est possible d’obtenir un visa permanent en investissant 50 000 euros dans une entreprise brésilienne ou en créant son entreprise au Brésil. Il y a des Antillais au Brésil qui ont fait ce choix.

Quels sont tes meilleurs souvenirs ?

En deux ans, j’en ai eu beaucoup ! Trois carnavals, dont un défilé avec l’école de samba sacrée championne Beija Flor, dans le sambodrome de Rio de Janeiro. La Coupe du Monde de football 2014 et beaucoup de voyages incroyables : les lençois, Iguaçu, la Chapada Diamantina, la Chapada dos Veadeiros, Bonito…

Il y a aussi de belles amitiés avec des musiciens brésiliens faites grâce au projet OMELÔ, Caribe do Brasil.

Dans tes futurs projets, prévois-tu de rentrer en Martinique ?

Il n’y a rien de très défini pour le moment. Mais, il est à peu près certain que j’aurai une expérience professionnelle en Martinique à un moment donné. Je garde des liens très forts avec la Martinique. J’y vais au moins une fois par an.

Selon toi, quels seraient les échanges possibles entre la Martinique et le Brésil ?

Entre la Martinique et le Brésil, les domaines potentiels ne manquent pas. Au niveau de la culture, l’éducation, l’enseignement, la recherche. Des secteurs économiques comme le tourisme, l’énergie, la construction, l’import / export dans l’agro-alimentaire, le textile, les cosmétiques, … Il existe déjà une relation culturelle / économique entre le Brésil et la Martinique et je pense qu’elle ira en s’amplifiant.

As-tu rencontré d’autres Caribéens francophones au Brésil ?

Je connais en majorité ceux qui vivent dans l’état de São Paulo et l’état de Rio. Nous avons formé un petit groupe d’amis d’une dizaine de personnes. Il est fort probable que dans le nord, près de la Guyane, il y en ait beaucoup plus.

Crédits photo : Ina Martin

*L’album “Caribe do Brasil” est disponible à la librairie antillaise, sur iTunes et d’autres plateformes de téléchargement. Plus d’infos sur facebook, twitter et extraits sur youtube.com.

* VI (Volontariat International) et www.civiweb.fr : site d’informations et d’offres d’emplois sur le Volontariat International qui se fait sous 3 formes : VIE (entreprise), VIA (administration), VIS (sciences). Attention à ne pas confondre VI et bénévolat, les volontariats internationaux sont rémunérés.

Rédaction : Doris Nol pour Caribexpat.com 

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