Retrouvez les interviews de Caribexpats tous les jours à 12h30 en partenariat avec la radio RCI dans l’émission “Les Antillais dans le Monde”. Aujourd’hui, l’interview de Vanessa, antillaise à Los Angeles !
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Partie 1 – Interview de Vanessa antillaise à Los Angeles

Mais une des particularités, Vanessa, c’est que vous êtes une très jeune bachelière à l’époque, ça veut dire que vous étiez quand même une élève brillante et vous saviez ce que vous vouliez faire ?

Pas du tout, que l’on soit clair à 16 ans quand on a son Bac, on se dit : « mais pourquoi si jeune, qu’est-ce que je vais faire, je ne suis pas prête ». C’est vrai que j’ai eu un Bac littéraire, j’étais forcément amenée à faire des études de langues, de lettres ou d’histoire ; comme j’avais une passion pour l’anglais, depuis toute petite, j’écoutais des radios cassettes, j’essayais de chanter même si je ne comprenais pas, c’était vraiment une passion, donc je me suis dit pourquoi pas la suivre et d’en faire peut être un métier puis j’ai commencé par faire des études d’anglais pour devenir prof d’anglais.
Malheureusement ou bien heureusement pour moi, je me suis rendu compte à mi-chemin que ce n’était pas du tout pour moi. Bien sûr, transmettre des savoirs, c’est bien, mais j’étais plus créative. Devenir enseignante ce n’était pas ce que je voulais.
J’ai continué en marketing et en communication des entreprises, et après mon DEUG à l’UAG, je suis partie en métropole. J’ai intégré la « Sorbonne » ce qui n’était pas du tout une chose facile ; le niveau était totalement différent, j’étais un peu déboussolée la première année.
J’ai eu mon master, ensuite j’ai bifurqué ver un MBA parce qu’ à ce moment-là après mon master, dans ma tête, c’était un petit peu plus clair. Et du coup, je me suis dit au cas où je partirais à l’étranger, j’aimerais faire un MBA ce qui me permettrait d’intégrer une école internationale ou de partir, voilà ! J’ai fait un MBA en communication et audiovisuel et après ça, j’ai intégré France télévision en tant que manager communication.
Globalement, je n’en tire que du positif, je dois dire que le système français en général est un système qui ne me correspond pas forcément, donc c’est pour ça qu’après cette expérience à France télévision j’ai décidé de partir et de tenter ma chance aux États-Unis.

 

Comment se met en place ce départ ?

Sur un coup de tête ! Je ne vais pas vous dire que j’ai réfléchi, que ça a été calculé, que ça faisait un an que je faisais des projets ; ce qui n’était pas du tout le cas. Je suis partie sur un coup de tête, j’en ai parlé à mon boss de l’époque qui ma dit : « si tu veux partir, vu que tu es une créative et que si tu restes tu vas t’ennuyer ici, vas-y ! » donc je me suis dit, s’il me donne son aval, c’est qu’il croit en moi ; je croyais toujours en moi mais c’est bien d’avoir l’appui d’une seconde personne et j’ai décidé de prendre mes « clics » et mes « clacs » et en trois mois, je partais aux États-Unis.

Vous choisissez d’aller tout de suite en Californie ?

Oui, parce que pour moi, c’est la Mecque de l’audiovisuel, que ce soit au niveau de CBS et NBC qui sont les  chaines nationales aux États-Unis, elles produisent beaucoup de séries télé que l’on achetait à France télévision, c’est par ce biais là que je me suis dit: « mais, en fait, je ne veux pas être au bout de la chaine, je ne veux pas acheter ces programmes, je veux les concevoir, je veux les faire et je veux être sur les sets (les lieux de tournage). C’est là d’où m’est venue l’idée, où se trouvent ces boites ? Je me suis renseignée et j’ai vu que c’était à Los Angeles. C’est bien ! Du coup je me suis dit « Los Angeles », bien que j’aie un membre de ma famille aux États-Unis, ma sœur est sur la côte Est, elle vit à Miami depuis 15 ans maintenant, et ma mère qui me disait : « mais pourquoi tu ne vas pas à Miami ? Mais pourquoi tu ne vas pas en Floride ? Ta sœur y est déjà, tu vas partir toute seule à Los Angeles ! Tu ne connais personne ! ». Je suis quelqu’un de très aventurier, je me dis : « on ne vit qu’une fois » du coup je me suis dit je pars à Los Angeles avec ma valise et puis on verra bien.

 

 Partie 2 – Interview de Vanessa antillaise à Los Angeles

Je suis partie faire une formation d’un an, à UCLA ! Avant mon départ, j’ai dû faire une demande de visa F-1; c’est un visa étudiant, ce qui m’a permis d’avoir un visa de deux ans pour étudier. Après, le challenge, si vous voulez rester aux États-Unis, c’est de trouver quelqu’un qui vous embauche en stage.
En stage, il faut se débrouiller assez bien, pour que votre employeur vous dise : « on va transférer ce stage en job, soit à mi-temps soit à temps plein » et à ce moment-là, basculer sur un autre visa. Mais c’est très compliqué, il faut en vouloir et il ne faut pas avoir peur de la compétition parce qu’il faut savoir que toutes les personnes qui veulent travailler dans l’audiovisuel aux États-Unis et dans le monde entier se retrouvent à Los Angeles. Donc on se bat contre des nationaux ; des Américains, leur première langue c’est l’anglais contrairement à nous. On ne parle pas forcément « fluently » c’est-à-dire « couramment ». C’était compliqué, mais il faut savoir ce qu’on veut.

Alors vous le vouliez visiblement, et vous finissez par décrocher ce job ?

Alors, çà n’a pas été si facile que ça ! Mon premier stage a été dans une boite de production de films. J’ai détesté, je n’ai pas aimé du tout, dont il faut savoir que l’industrie du film et l’industrie de la télé sont deux mondes totalement différents. Je n’avais été que dans l’industrie de la télé, je pensais que le milieu du divertissement était le même, que ce soit film, télé, radio etc. Ce qui n’a pas été le cas, je n’ai pas du tout aimé donc je me suis dit : « qu’est-ce que je fais ? ». Au bout de quatre mois de stage, j’en ai parlé à mon boss clairement, je lui ai dit : « ce n’est pas mon truc, j’ai essayé, je me suis donnée à fond » et il a accepté de me laisser partir au bout de quatre mois et après j’ai fait une rencontre dans une soirée, puisqu’aux États-Unis, il faut vraiment sortir pour rencontrer les gens, se mélanger, il faut savoir se vendre. Donc je suis sortie un soir avec des potes de l’université et j’ai rencontré cette dame qui me ressemble un peu physiquement, avec qui on avait parlé de tout et de rien autour d’un verre. Elle m’a dit au bout d’un moment puisque je lui racontais mon parcours : « je travaille à CBS », donc moi je dis : « Ah bon, et vous faites quoi là-bas ? » Responsable communication de la section ethnique et donc ils aident les minorités ethniques, à être bien représentées derrière et devant l’écran, c’est-à-dire ; devant l’écran comme « acteur » et derrière l’écran, tout ce qui est production et écriture de scripts, etc. Donc du coup elle m’a dit à la fin de la conversation, je suis bien intéressée par votre profil, et m’a donné rendez-vous la semaine d’après, et j’étais en compétition avec 60 autres personnes pour un stage, dont il y avait quatre passages ou quatre niveaux dont 60 personnes au quatrième niveau ; 50 personnes au troisième niveau ; plus que 20 personnes au deuxième et 10 personnes au premier niveau. Et je me suis retrouvée au premier niveau avec 10 personnes, je n’y croyais pas, je me suis dit : « petite martiniquaise que je suis, je me retrouve à CBS, deuxième chaine nationale aux États-Unis » en bas je regarde « the good wife » qui était en train de se filmer de droite, à gauche, il y avait « the big bang theory ». Je me dis mais c’est un peu invraisemblable ! Et donc du coup, on passe tous, un à un dans son bureau et puis elle me serre la main, elle ne me regarde même pas, je me suis dit : « bon allez, je rentre chez moi, c’est fait, ce n’est pas grave, j’aurai essayé ». Une semaine après, je reçois un coup de fil : « Oui Vanessa, vous avez été sélectionnée pour faire partie de notre compagnie à CBS etc. » Alors moi, je suis tombée des nues mais ce n’est pas possible, elle me dit : « Oui, votre profil est super intéressant, vous venez d’une île, vous avez vécu en France, vous parlez français, vous parlez créole, vous êtes à moitié chinoise » et donc du coup j’étais super contente et elle me dit : « vous pouvez commencer quand ? » j’ai dit : « mais dès demain ! » et elle me dit : « Il n’y a pas de problème donc vous venez demain à 08h30» et c’est comme ça que l’aventure a commencé.

Partie 3 – Interview de Vanessa antillaise à Los Angeles

Aujourd’hui, je travaille toujours chez CBS mais je travaille aussi beaucoup en indépendant. C’est-à-dire, que je travaille dans une boite indépendante de production, qui me permet d’allier ma passion de l’audiovisuel, à ma passion de la musique.
Je fais des formats musicaux, pour les grandes chaines nationales, cela veut dire que je travaille beaucoup avec de grands artistes comme, Snoop Dog, the Game, plutôt dans le côté urbain de la musique, et tout ce dont je rêvais dans ma petite chambre à Schoelcher, écouter toutes les personnalités du rap où je me retrouve à travailler aujourd’hui. Si je dois mourir demain je pense que j’ aurais réalisé tous mes rêves !
Je fais de l’édition musicale dans ma boite indépendante, à chaque fois qu’il y a une prestation d’un artiste, on fait une captation de concert, je dois le « clear », ça veut dire « contacter le label », pour négocier les droits de passage à la télévision.
Et du coté de CBS, je travaille dans la communication, tout ce qui est représentation d’acteurs noirs, des « Pacific Islanders » les personnes du Pacifique, les « disable » les personnes qui sont handicapées, les « LJBT » homosexuel, bisexuel etc. On a un quota, et je m’assure que ce quota soit respecté.

Parlez-nous un peu de la vie en Californie aujourd’hui.

Je suis super bien dans un quartier très calme, la vie là-bas ce n’est pas ce qu’on croit. Je travaille beaucoup donc 75h par semaine, je ne sors pas tant que çà alors que tout le monde me dit que c’est la fête etc. Quand je sors, il y a un but bien précis, c’est pour rencontrer les gens, c’est pour le boulot, c’est avec les collègues même si ça parait fun et plein de paillettes, quand on sort c’est dans un but bien précis aux Etats-Unis.
En tout cas dans le milieu du divertissement, ce qui change ici c’est que c’est une grande mégalopole. C’est vrai que ça va plus vite mais les gens sont super sympas ! Contrairement à ce que l’on peut penser, très « laid back » ; ça veut dire “un peu décontracté”. Par exemple dans mon entreprise indépendante, on vient en jogging, en basket, en short. J’ai des collègues qui viennent avec le ventre à l’air, des tatouages apparents, les piercings ; on travaille sur des poufs, on n’a qu’une seule grande table, tout le monde est au tour alors que c’est un truc inimaginable, je n’aurais jamais pensé ça durant mes années à France télévision où il y avait une éthique, c’était vraiment cadré. Du coup je n’ai jamais autant travaillé de ma vie, c’est-à-dire que ça ne me dérange pas d’arriver à 8h00, 9h00 et de terminer à 00h00 ou 01h00 du matin, parce que je suis relax, parce qu’il y a tout ce qu’il faut, il y a un terrain de basket, il y a des jeux, on peut prendre des pauses quand on veut. On a juste des objectifs toutes les semaines parce qu’on a trois émissions télévisuelles à produire par semaine et on doit être 14 à tous cassés. Donc ce n’est pas évident, mais on est super soudé, on est super reconnu, je travaille avec les gens que j’aime et ça, ça n’a pas de prix !

Et le lien avec la Martinique ?

Il reste super présent, tous les ans je reviens, j’ai toujours mes parents ici, une de mes sœurs est restée ici et dans mes projets futurs pour moi, l’idéal ce serait de travailler avec des gens d’ici, que ce soit avec la télé, avec des réalisateurs, des scénaristes martiniquais ; de pouvoir faire bouger les choses. Je sais que c’est un projet ambitieux mais je crois au potentiel de mon île et je travaille toujours avec des gens d’ici.
Je travaille notamment avec des producteurs de musique, des scénaristes qui ont gagné des prix à Londres etc. Je pousse beaucoup de gens aussi parce qu’ils en ont besoin, car ici ce n’est pas facile la vie d’artiste et je trouve ça dommage que l’on ne puisse pas exploiter nos talents, à leur mesure, parce que c’est incroyable et je vais vous donner une anecdote bien particulière, j’ai montré des « shorts films » d’un scénariste martiniquais à ma boite aux États-Unis et ils m’ont demandé : « c’est qui cette personne ? Pourquoi elle n’est pas connue ? Pourquoi elle ne fait pas des choses aux États-Unis ? Et je leur ai dit qu’il n’y a pas de plateforme, ils n’ont pas les moyens, ils ne peuvent pas se déplacer, il n’y a pas forcément d’interconnections entre les îles, c’est la Caraïbe qui devrait être une grande plateforme en fait pour ces artistes-là, qui gagnent à être connus.

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