Les Caribexpats sont interviewés tous les jours à 12h30 en partenariat avec la radio RCI dans l’émission “Les Antillais dans le Monde”. Aujourd’hui, Nabila antillaise à Gaborone parle de son parcours depuis la Martinique, à Londres puis au Botswana où elle travaille sur le développement d’un médicament.
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Nabila antillaise à Gaborone caribexpat profilRéécouter l’interview de Nabila antillaise à Gaborone (Botswana)

Partie 1 – Interview de Nabila antillaise à Gaborone (Botswana)

Nabila bonjour ! On vous appelle au Botswana. Qu’est-ce qui vous a amené à vivre dans ce pays ?

Cela fait 2 ans que je suis à la faculté à Londres, une université de médecine tropicale. Dans le service où j’étais, il y a eut ce nouveau projet. Pour ce nouvel essai clinique, il fallait qu’une personne soit basée au Botswana plutôt qu’une personne basée à Londres qui voyage comme on le fait d’habitude. C’est mieux au niveau logistique pour être près des équipes locales parce que c’est un essai clinique dans cinq pays d’ Afrique australe.

En quoi consiste cet essai clinique ?

Cet essai clinique aide les populations affectées par le virus VIH. Cette maladie tue encore beaucoup de gens dans cette partie du monde mais ce n’est pas le virus qui les tue, ce sont plutôt des pathologies à côté du virus. On essaie de trouver un médicament pour la Méningite à cryptocoque. Cela vient d’un champignon, le Cryptococcus neoformans, que l’on trouve dans le sol, le sable que ce soit en Afrique, en Martinique, dans la Caraïbe, en Europe et partout. Nous respirons tous de la poussière, mais notre système immunitaire combat le champignon et on n’a aucun symptômes. Malheureusement, les gens qui ont le VIH n’ont pas de système immunitaire donc le champignon va dans leurs poumons. Si ce n’est pas traité rapidement, il va dans le cerveau et toutes les facultés s’arrêtent les unes après les autres. Le temps que les patients sortent de leurs villages et viennent dans les grandes capitales, dans des hôpitaux qui ont accès aux laboratoires et aux médicaments, c’est trop tard. On essaie de leur donner accès à un médicament que l’on prend en une seule dose au lieu du médicament habituel que l’on donne sous sept jours sous perfusion et qui a beaucoup d’effets secondaires. On a accès à cette nouvelle molécule en Europe mais pas ici. S’ils avaient accès à ce médicament dans leur village, où si l’on pouvait leur donner une simple dose pour qu’ils puissent rentrer chez eux après quelques jours, sans devoir rester à l’hôpital puisque c’est un comprimé que l’on prend oralement avec peu d’effets secondaires, pas une perfusion…on pourrait guérir les malades beaucoup plus rapidement.

Vous avez grandi en Martinique et puis qu’est-ce qui s’est passé après ?

Oui, je suis née et j’ai grandi en Martinique à Sainte-Luce. Après mon passage au collège, nous sommes partis avec ma mère et ma sœur vers l’Angleterre. A l’époque, je voulais faire des études de médecine et ce n’était pas possible en Martinique. Cela aurait pris beaucoup plus d’années en France qu’en Angleterre. Il y avait aussi le fait d’avoir accès à une autre culture et une autre langue. Ma mère pensait que ce serait mieux pour nous d’avoir cette expérience et que ça nous enrichirait plus que d’aller en France.

Vous êtes arrivée en Angleterre étant adolescente ?

Oui j’avais 16 ans.

Cela fait qu’aujourd’hui vous avez ce petit accent anglais quand vous parlez français ?

Exactement, j’ai passé presque la moitié de ma vie à Londres donc je suppose que, oui, il y a des traces même si j’essaie quand même de garder mon français et de ne pas trop avoir l’accent.

Votre mère est Martiniquaise et votre père ?

Mon père est Martiniquais, ma mère est métissée Vietnamienne-Djiboutienne.

Partie 2 – Interview de Nabila antillaise à Gaborone (Botswana)

Vous êtes à Londres en médicine, donc vous continuez dans la voie que vous aviez choisie ?

Oui sauf que j’ai changé de parcours. C’était à l’époque où il y avait CSI et tous les feuilletons sur la police scientifique en 2007. J’ai décidé de faire médecine légale au lieu de médecine générale.  J’ai fait une licence en médecine légale et j’ai toujours travaillé à côté puisque cela se fait beaucoup en Angleterre, dès 16 ans ou 18 ans on est appelé à travailler pour avoir une expérience professionnelle à mettre sur notre CV. J’ai toujours travaillé dans une pharmacie pour rester dans le domaine scientifique, et j’ai poursuivi ma licence en médecine légale à Kingston University dans le sud-ouest de la capitale que j’ai fini en trois ans. Un des modules dans cette licence était la génétique. Étant très métissée moi-même, la génétique m’a toujours beaucoup intéressée. J’ai continué à faire mon Master dans la génétique à l’une des meilleures facultés du monde Imperial College London. Après Oxford et Cambridge c’est donc Imperial. Cela a été une grande satisfaction d’ être intégrée parce que c’est vraiment au  mérite et c’est très difficile. J’ai donc fait mon Master en un an en Angleterre et j’ai continué mon doctorat en génétique avec un fort coefficient statistique en bioinformatique.

Tout cela est très pointu comme parcours. Comment est venue l’idée de partir à l’étranger ?

Une fois que j’ai fini avec le doctorat, j’ai tout de suite travaillé et j’ai intégré le service où je l’ai complété. C’était un service où on faisait des essais cliniques dans le cancer du sein. J’ai vraiment commencé ma carrière en tant que statisticienne. Il y eut pas mal de temps entre mon départ au Botswana et le moment où j’ai fini mes études. J’ai gravi les échelons jusqu’à être responsable de tout l’essai clinique. Cela m’a pris plusieurs années pour atteindre ce niveau-là et j’ai donc changé d’employeur pour la London School of Hygiene and Tropical Medicine. Ils ont beaucoup plus d’essais cliniques, d’études épidémiologiques et de projets de santé publique à l’étranger. Pendant mes deux premières années là-bas, je m’occupais seulement d’un essai clinique dans les maladies cardiovasculaires. Je ne me déplaçais qu’en Angleterre et parfois dans le Pays de Galles, donc cette opportunité est arrivée il y a un an maintenant. Mon service a décroché une bourse de 10 millions d’euros pour écrire un protocole en testant ces deux médicaments, celui qu’on prend sur sept jours et celui qu’on prend en une seule dose. Ils nous ont donc donné 10 millions  d’euros pour que l’on écrive ce protocole, et qu’on aille ensuite en Afrique australe pour le développer dans ces 5 pays pour les 4 prochaines années. Cela veut dire qu’ils avaient besoin de quelqu’un qui, au lieu de rester en Angleterre et d’être dans une tour d’ivoire sans comprendre complètement comment ça se passe sur le terrain, on a déplacé toute l’équipe sur le Botswana. Dans mon service on en a parlé et on a demandé qui serait prêt à partir au Botswana pendant trois ans ? Peu de mains se sont levées et à cette époque on venait d’avoir le référendum sur le Brexit. Je me suis dit pourquoi ne pas avoir une autre expérience à ajouter à mon CV, à m’enrichir en tant que personne et avoir avec cette expérience à l’étranger tout en étant toujours employée dans une compagnie anglaise et faire tout ce que j’ai toujours fait mais en voyant les conditions qu’il y a là-bas.

Partie 3 – Interview de Nabila antillaise à Gaborone (Botswana)

Parlons un peu du Botswana. Comment est-ce que vous avez préparé votre déplacement ?

J’avoue que je n’avais pas beaucoup entendu parler du Botswana et je ne pense pas que beaucoup de personne en entendent parler parce que le pays est souvent décrit comme la “Suisse de l’Afrique”. C’est un pays très stable, assez développé pour la partie du monde dans laquelle on est, il ne faut pas l’oublier. J’ai fait des recherches, j’ai regardé la température annuelle par exemple ce qui est très important quand vous venez de passer seize ans à Londres où il pleut beaucoup. Je suis venue à deux reprises pour voir de mes yeux comment cela se passerait et la décision est venue assez rapidement.

Qu’est-ce qui a motivé votre décision ?

Je pense que c’était le bon moment au niveau de ma carrière. Cela m’expose à un nouvel  aspect de mon travail. Je pense que je faisais mon travail assez bien sans me rendre compte de toutes les ressources auxquelles on a accès en Europe. Quand je suis venue la première fois et que j’ai vu le niveau des hôpitaux…ce n’était vraiment pas ce dont j’avais l’habitude. Je sais qu’on critique pas mal le service national de santé en Europe et surtout en Angleterre mais on est vraiment très bien lotis comparé à ce qui se passe au Botswana. Tout se passe très bien comme je vous ai dit, ici c’est très calme. C’est un pays qui fait à peu près 8 fois la France en superficie pour 2 millions d’habitants. C’est un des pays les moins peuplés au monde avec un climat  très agréable sur l’année. Les gens sont très gentils, ils parlent anglais, c’est la langue nationale. Je n’ai pas beaucoup eu à m’adapter en fait. Lors du premier voyage, j’ai rencontré les équipes locales, je suis aussi allée voir les infrastructures, et ce qu’il y a à faire au niveau des activités. C’est vraiment un pays à visiter.

Où est-ce que vous habitez au Botswana ? Racontez-moi un peu votre quotidien

Je suis dans la capitale à Gaborone, c’est une ville qui a été créé en 1965 une fois que le Botswana est devenu indépendant. Je suis à une minute à peu près en voiture de l’hôpital où je suis basée, tous les jours du lundi au vendredi de 7h30 à 16h00, donc à peu près les mêmes heures dont j’ai l’habitude en Europe. Ce n’est pas ce qu’on pense de l’Afrique. Les routes sont en béton. Toutes les infrastructures dont on a l’habitude en Europe sont là. J’habite dans un très bel appartement avec piscine parce qu’il fait très chaud ici, donc presque tout le monde a accès à une piscine. Je suis à une minute de mon travail, comme le Botswana n’est presque pas peuplé, il n’y a presque  jamais d’embouteillages. Il y a plein de grandes surfaces et de grands centres commerciaux à 2 ou 3 étages. Il y a des gratte-ciels…mais cela est vraiment très lié au Botswana. Les autres pays où je vais pour le travail sont le Zimbabwe, le Malawi, l’Ouganda et l’Afrique du sud. L’Afrique du Sud, est un pays développé mais ce n’est pas la même chose dans les autres pays où on a pas mal de pauvreté par rapport au Botswana, et pas mal de misère aussi. Dans ces pays, la misère est à votre face tous les jours dès que vous sortez de chez vous. Je n’ai pas çà au Botswana. Je n’ai pas vu de mendiants, de gens pauvres, de bidonvilles. Il n’y a rien du tout dans ce genre-là, c’est vraiment un pays à part dans cette partie du monde.

Partie 4 – Interview de Nabila antillaise à Gaborone (Botswana)

Parlez-moi de la population du Botswana…cela veut dire qu’elle est aisée ? Les Noirs occupent des fonctions haut placées ?

Le Botswana est vraiment un pays à part et à un autre niveau par rapport à ce genre de commentaire “population noire comparée  à d’autres”. Il n’y a vraiment pas cela ici. D’ailleurs c’était un des seuls pays où il n’y a pas eu d’apartheid en Afrique australe. Le président actuel est le fils du premier président élu en 1965 qui lui-même a été marié à une anglaise du sud-est de Londres, donc une blanche.

Partie 4 – Interview de Nabila antillaise à Gaborone (Botswana)

A l’époque cela a créé tout un tollé. Il y a un film qui est sorti il y a 2 ans de cela, qui explique leur histoire : « United Kingdom » mais je ne connais pas le nom en français. Il n’y a pas eu ce genre de problème blanc ou noir. A l’époque çà avait créé un tollé quand ils voulaient se marier. L’Afrique du Sud et les autorités britanniques ont tout fait pour ne pas qu’ils se marient mais au contraire, il est allé vers son peuple pour dire « voici la femme que j’aime. Oui, elle est blanche mais on est près à faire ce chemin ensemble et je ne vais pas renoncer à ma patrie donc je voudrai que vous l’acceptiez ». La population a complètement accepté cette femme que l’on appelle la « mère de la nation » jusqu’à maintenant. Ce sont des gens qui sont très intelligents, très fiers d’être du Botswana, très attachés à leurs racines, très gentils, vraiment, la main sur le cœur.  Il y a des différences culturelles que j’ai remarquées quand je suis arrivée, mais quand ils vous voient plusieurs fois après quelques jours, ça va. Les gens sont éduqués, presque toutes les structures éducatives sont gratuites et l’école est obligatoire, il y a même des bourses donc certains élèves sont payés pour aller à l’école. Le standard d’éducation est très élevé. Tout cela fait qu’il n’y a pas de misère comme on pourrait le penser.

Quelles sont les ressources du pays ?

La ressource numéro un du Botswana ce sont les diamants. Il y a beaucoup de mines et les plus gros diamants du Monde sont trouvés ici. C’est vraiment le poumon du pays. Mais contrairement aux autres pays du continent africain qui ont des ressources naturelles, le gouvernement et la population botswanaise se sont dit «  oui, on a cette ressource mais on va faire en sorte que tout le monde en bénéficie, il n’y aura pas de corruption, il n’y aura pas quelques personnes qui se remplissent les poches et les autres seront dans la misère ». Tout cela est vraiment très bien encadré par le gouvernement. Pas mal d’écoles, de collèges, d’universités, de bourses sont financés par les compagnies qui exportent les diamants du Botswana. La ressource numéro deux serait plutôt le tourisme car c’est au Botswana qu’il y a le plus d’animaux sauvages en liberté. Ils ne sont pas dans des zones ni des safaris fermés. Vers le nord du Botswana, il y a le delta d’Okavango et tous les animaux: les lions, les zèbres, les girafes…Contrairement, encore une fois, à d’autres pays qui ont les mêmes ressources, le tourisme est vraiment très encadré. Au Botswana on ne peut pas venir chasser des gros gibiers comme on pourrait le faire ailleurs comme au Zimbabwe ou en Afrique du Sud. C’est même l’opposé. Si quelqu’un est trouvé dans certaines régions, la police a une devise : « Shoot, shoot first ». Si jamais ils voient une personne dans une région protégée, ils tirent même si elle faisait juste un trajet en passant par là. Il y a des populations indigènes qui habitent toujours dans des villages dans le nord du Botswana donc cela a un peu créé un tollé à l’époque. Il y a un certain nombre de touristes acceptés par an pour que l’environnement n’en souffre pas et que cela reste quelque chose de durable.

On a l’impression que vous êtes enchantée par ce pays mais est-ce qu’il y a des choses à changer et à améliorer ?

Oui, il y a pas mal de choses à améliorer. Par exemple l’accès aux hôpitaux et aux laboratoires pour qu’on puisse avoir des diagnostics plus tôt que ce que l’on a à présent.

Partie 5 – Interview de Nabila antillaise à Gaborone (Botswana)

Beaucoup de Botswanais n’habitent pas dans la capitale et c’est un très grand pays. Il n’y a pas assez d’hôpitaux bien équipés pour s’occuper de la population en temps et en heures. Il y a toujours la peine de mort ici et il y a aussi des lois contre l’homosexualité. Il y a donc pas mal de travail à faire au niveau des droits de l’homme.

Aujourd’hui, vous êtes donc française, est-ce que vous avez pris la nationalité anglaise ?

Non, je n’ai pas pris la nationalité anglaise. Je tergiverse encore, j’attends de voir ce qui se passe avec le Brexit. La bourse qu’on a est une bourse européenne, tous nos donateurs sont des pays européens donc si le Brexit passe, je ne sais pas ce qui va se passer. En tout cas, je suis assez distanciée de ces problèmes pour le moment. Cet essai clinique finit en décembre 2020. Je pense que j’aurai  une situation plus claire et je pourrai prendre une décision à ce moment.

Est-ce que vous avez eu l’occasion de revenir en Martinique ? Et si vous aviez des projets, est-ce que vous pouvez aussi inclure les Antilles ?

Je viens en Martinique régulièrement. J’y étais pendant les fêtes de fin d’année 2017 puisque mon père est toujours là-bas. Ma mère est retournée en Martinique et elle est basée là-bas maintenant même si elle passe une partie de l’année avec moi en Angleterre ou au Botswana. Ma sœur aussi est rentrée en Martinique il y a quelques années. J’ai tout intérêt à rentrer parce que ma famille et presque tous mes amis d’enfance sont là-bas. J’ai essayé de rentrer en Martinique il y a quelques années et j’ai postulé dans les hôpitaux et les groupes pharmaceutiques. Cela n’a pas mené à grand-chose. Il y a pas mal de travail à faire, je suis les informations, je vois que le niveau de cancer de la prostate dans la population martiniquaise augmente considérablement. Est-ce qu’il y a une réponse ? Pourquoi il y a ce problème de santé publique majeur ? Il y a quelques idées comme la chlordécone, mais est-ce qu’il y a des essais cliniques qui ont été fait avec le bon nombre de participants pour que l’on ait une réponse et savoir quoi faire au niveau des traitements de ces patients en oncologie ? Je sais qu’il faut qu’ils aillent en France ou ailleurs pour avoir ce genre de traitement. Est-ce que ce n’est pas quelque chose qu’on pourrait avoir chez soi ? Le fait d’être chez soi et d’être entouré aident beaucoup le processus de guérison de ces patients. Est-ce que je pourrai retourner un jour en Martinique pour continuer ce genre de travail ? Je ne sais pas, je suis ouverte à toutes propositions. Un projet qui me tient à cœur c’est d’avoir une compagnie aérienne pour l’Afrique australe, parce que je me déplace beaucoup localement. Même si les trajets sont à une centaine de kilomètre, il faut compter au moins une journée entière de voyage. Parfois il faut faire deux ou trois arrêts pour arriver à destination. S’il  y avait un avion qui partait du Botswana pour aller au Malawi, ce serait fait assez rapidement. Donc, en ce moment, je passe ma licence de pilotage. Il fait toujours très beau ici donc on peut voyager facilement en apprenant sans avoir trop peur des tempêtes, du vent et tout cela. Le ciel est toujours bleu, il n’y a aucun nuage et il n’y a pas de vent donc des conditions très bonnes pour l’aviation. Une fois que j’ai ma licence, j’aimerais ouvrir quelque chose avec un ou deux petits avions localement au niveau du Botswana même pour les touristes et puis pourquoi pas, un jour, faire des destinations internationales genre Botswana-Malawi, Botswana-Zimbabwe.

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