Les Caribexpats sont interviewés tous les jours à 12h30 en partenariat avec la radio RCI dans l’émission “Les Antillais dans le Monde”. Marc antillais à Marlboro dans le Maryland (Etats-Unis) a quitté sa Martinique natale il y a plus de 20 ans pour venir ici avec sa famille ! Envoyez nous un e-mail pour passer dans l’émission : team [at] caribexpat.com (remplacer [at] par @)

Réécouter l’interview de Marc expatrié antillais à Marlboro (Maryland – Etats-Unis)

Partie 1 – Interview de Marc expatrié antillais à Marlboro

Bonjour Marc, on vous appelle aux États-Unis dans le Maryland. Qu’est ce qui vous a amené à vous installer aux États-Unis depuis près de 20 ans ?

Je voulais donner à mes trois enfants l’opportunité que je n’ai pas eu. C’est la vraie raison parce que tout seul,  je serais resté au pays. Qu’est-ce-qu’ils auraient pu faire en Martinique après leur études ? Partir en France ? J’ai voulu leur donner une chance de venir aux Etats-Unis. Je ne regrette pas, ils sont bien, ils travaillent et la dernière continue des études à l’université. Mon premier aura 26 ans, mon second a 23 ans et ma petite fille vient de fêter ses  20 ans.

Racontez-moi. Qu’est-ce-que vous avez fait pour pouvoir y arriver ?

Ma femme est née aux États-Unis. Donc elle était en Martinique, où j’ai fait sa connaissance. On s’est marié en Martinique et nos enfants sont nés en Martinique. Mais elle ne trouvait pas de travail parce que ses diplômes n’étaient pas les diplômes français. Un jour mon beau père m’a dit « si tu veux t’occuper de ma fille et de mes petits enfants, il faut que tu partes et que tu travailles dur ». J’avais deux boulots, je travaillais en ambulance et en plus je faisais la sécurité le soir. J’ai fait le nécessaire parce que j’avais un petit plan d’épargne logement,  je l’ai bousillé et je suis parti à Trinidad et Tobago parce qu’il n’y avait pas de consulat américain en Martinique. J’ai reçu mon visa et je suis arrivé le 12 décembre 1999 aux Etats-Unis.

C’est donc par le biais du mariage avec une américaine, même si elle est martiniquaise mais elle avait déjà la nationalité, du fait d’être née sur le sol américain…

Oui et puis mon beau-frère aussi parce qu’il fallait avoir un sponsor. Mon beau-frère a fait les papiers qu’il fallait pour que je trouve un employeur. J’ai reçu mon numéro de sécurité social trois semaines après et j’ai commencé à travailler tout de suite.

Tu parlais aussi l’anglais, non ?

Non, je ne savais même pas dire “bonjour” en anglais donc j’ai trouvé du boulot le soir et juste avant le boulot j’allais à l’école du soir pour apprendre et j’ai évolué pendant 2 ans en école du soir. Quand j’ai commencé à progresser bon on m’a fait passer un test. Ils m’ont dis qu’il faut que j’aille au niveau supérieur et le niveau supérieur, il faut le payer, donc j’ai continué à travailler avec ma femme à la maison.

Quel type de boulot c’était ?

Quand je suis arrivé j’ai commencé à travailler au nettoyage de nuit dans les magasins. Puis j’ai trouvé un emploi à la Croix-Rouge américaine pour travailler avec des animaux. J’adore les chiens et j’ai tout de suite pensé que c’était des chiens. En fait on faisait des expériences avec les rats, les souris, les lapins et les singes. J’ai évolué et maintenant je travaille directement avec les animaux plutôt dans le laboratoire. J’ai changé entre temps, je suis allez avec un institut qui s’appelle « NIA : National Institute of  Aging ». On étudie comment arrêter de vieillir.

Ils utilisent des animaux pour des tests, c’est ça ?

Oui. Je fais les différents croisements pour avoir ce que le chercheur recherche et je m’occupe des animaux : je fais les injections, les prises de sang.  Je m’occupe d’eux parce que parfois on les prend à 17 jours de grossesse. Je suis un genre d’infirmier.

Partie 2 – Interview de Marc antillais à Marlboro (Etats-Unis)

On s’est installé dès notre arrivée dans l’état de Maryland chez mon beau-frère. Pour ma femme, c’était un échec de revenir aux Etats-Unis mais pour moi non. J’ai tout de suite vu l’opportunité pour mes enfants. Ce n’était pas facile, je me suis débrouillé puis je suis là où je suis aujourd’hui.

Quelles autre difficultés vous avez rencontrées ?

Quand mes enfants sont arrivés déjà ils avaient un problème : la langue. Ils ont fait pas mal de conneries. Maintenant ce sont des adultes mais au début je me suis demandé : « qu’est ce que j’ai fait ? Je reste ici ou j’y retourne ? ». Je les suivais à l’école tous les jours, ils avaient des mise à pied tous les jours. Après un an ils ont changé, ils ont commencé à comprendre et ils se sont mis au travail.

Ils sont devenus bilingues ?

L’aîné continue à parler le français un petit peu. Ma fille, elle a fait du français jusqu’à ce qu’elle à arrive à ce qu’ils appellent High School. C’est l’équivalent du lycée. Maintenant elle ne fait plus de français. Mon second fils ne parle plus le français il a fait ses études. Il est lieutenant à l’armée  américaine. Mes enfants me comprennent quand je parle en français ou en créole mais ils vont me répondre en anglais.

Finalement c’est quoi la langue à la maison ?

Les trois langues : français, anglais et créole. Quand je m’énerve je parle en créole, automatiquement. Je dis des gros mots en créole et ils comprennent les gros mots. Ils me disent : «  papa, tu n’as pas besoin d’injurier, on comprend ». Ils sont plus à l’aise en anglais mais je parle les trois langues.

Quelles sont les perspectives que tu as aujourd’hui par rapport à ce pays où tu habites, l’idée est de rester au Maryland ?

Oui, mon idée c’est de rester au Maryland. C’est sûr qu’un jour je serai retraité, je voudrais aller en Martinique mais je vais rester peut être 6 mois et revenir parce que j’ai tous mes enfants ici. Par exemple mes beaux-parents sont partis et ils étaient obligés de revenir parce qu’il n’y a plus personne pour s’occuper d’eux. Je suis arrivé ici, j’aime bien, je peux dire que j’ai grandi au Maryland. Je vais en vacances à New York parce que j’ai deux beaux-frères là-bas.

Finalement comment tu la qualifierais la vie aux Etats-Unis ?

Quand je suis arrivé c’était agréable mais maintenant la vie est dure comme dans tous les pays. Ce n’est pas facile ici. Par exemple pour l’essence, quand je suis arrivé un gallon d’essence ici c’est 5 litres d’essence en Martinique et c’était un dollar ! En l’espace de 19 ans c’est passé à 3-4 dollars, cela dépend. L’alimentation était beaucoup moins chère quand je suis arrivé en 1999. C’est dommage qu’il n’y a pas de grèves comme chez nous pour faire baisser les prix ici qui sont exorbitants.

C’est vrai que c’est un pays où on n’a pas beaucoup de vacances pour voyager…

Je suis dans une branche du gouvernement donc moi j’ai 5 semaines de vacances et 2 semaines de congé maladie. Cela fait 7 ans que je suis dans cette boîte. Dans 3 ans j’aurais 6 semaines de vacances. Donc çà dépend d’où l’on travail. Mon épouse n’a que 2 semaines de vacances. Elle travaille à la mairie de notre ville à Marlboro avec des avocats.

Comment ça s’est passé pour elle ? Elle était francophone quand elle est arrivée et elle a appris l’anglais pareil ou elle parlait déjà un peut ?

Elle le parlait déjà. C’est sa langue parce que mon épouse est née et a grandi à New York. Après les études elle a travaillé puis elle a dit à sa mère qu’elle ne voulait pas se marier avec un américain et qu’elle voulait rencontrer un martiniquais. Elle est rentrée et on s’est rencontré.

Partie 3 – Interview de Marc antillais à Marlboro (Etats-Unis)

Et qu’est-ce que tu t’es dit quand tu as rencontré cette américaine-martiniquaise ?

Je ne savais pas qu’elle était américaine. Je fais 1,97 m. Ma femme doit faire 1,90 m. donc elle est assez grande. Tu te vois dans une soirée avec une grande fille, cela n’arrive pas souvent. 6 mois après notre rencontre, elle m’a dit qu’elle était américaine.

Je crois savoir qu’on t’a aussi vu jouer sur les terrains de basket ?

Je n’étais pas très fort, mais bon, je jouais au réal. Je me débrouillais mais je ne vais pas dire que j’étais un grand joueur. On connaît plutôt mon petit frère parce qu’il a quand même joué une finale de championnat martiniquais avec la Gauloise de Trinité qui a gagné.

Est-ce que vous avez tous l’occasion, quand même de revenir en Martinique ?

Ah oui ! On profite de Norwegian, donc on est déjà revenu plusieurs fois. J’y étais pour une triste nouvelle il y a de cela quatre mois parce que j’ai perdu ma mère. On essaye d’y revenir tous les ans. J’ai mes deux frères au pays, il y a la maison de ma mère…donc le pays est toujours dans mon cœur, je n’oublie rien !

Et comment tu le vois ce pays de loin ?

En ce moment, j’ai un peu mal avec tout ce qui se passe avec la chlordécone, les lahars…on ne sait pas ce qui se passe. Je trouve qu’il y a des gens qui ne font pas leur boulot. Pour moi, dans un petit pays comme çà, on ne peut que vivre du tourisme. Il a fallu que j’aille à l’extérieur pour voir cela. Ils ne font pas assez leur boulot de parler de la Martinique aux Etats-Unis. Beaucoup d’américains ne savent même pas où c’est. Je leur explique, je vais sur internet je leur montre. J’essaye de promouvoir mon pays. Mais je trouve que le boulot n’est pas fait. Ma fierté c’est quand il y a le Tour des Yoles que je leur montre en direct.  Mon patron veut y aller. Il me dit qu’il voit qu’il n’y a pas de tour pour visiter. Si il y va, il sera obligé de prendre un taxi mais il n’y pas de groupe pour que cela puisse être moins cher. Je lui dit « c’est organisé, c’est un petit pays, on peut louer une voiture ». Il me dit « quand je vais en vacances, je n’y vais pas pour conduire, je veux qu’on me conduise ». Je sais qu’il y a un petit bus qui fait cela sur le nord-atlantique je crois, mais je ne sais pas si c’est sur le net.

Je vois quand même que tu suis les infos. Comment tu t’informes ?

J’ai l’application des deux radios dans mon téléphone : RCI et Martinique Première. Je sais tout ce qui passe. Comme j’ai l’application dans ma voiture, je n’écoute pas les radios américaines. J’écoute les nouvelles de 6h00 à 7h00.

Et je suppose que les enfants savent aussi d’où ils viennent ?

Oui ils adorent ! Je ne cuisine pas américain chez moi, je cuisine antillais. C’est dur de trouver et c’est cher mais on mange plus souvent antillais. Je ne mange pas de repas congelés, je ne vais pas au Mc Donald. Je cuisine du poisson, de la viande, des légumes, du fruit à pain quand j’en trouve. Et ils adorent, ils n’ont pas oublié la cuisine martiniquaise ! Je n’ai pas ce problème là avec eux.

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