Les membres Caribexpats passent en interview tous les jours à 12h30 en partenariat avec la radio RCI dans l’émission “Les Antillais dans le Monde”. Karim, guadeloupéen à Los Angeles n’a qu’un rêve : devenir acteur. Après des études à Paris, il a suivi le programme de formation UCLA extension et partage son aventure au cœur de la Mecque du cinéma.
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Karim guadeloupeen a Los Angeles caribexpat profilRéécouter l’interview de Karim guadeloupéen à Los Angeles

Partie 1 – Interview de Karim guadeloupéen à Los Angeles

Bonjour Karim ! Je vous appelle à Los Angeles où vous vous trouvez depuis quelques mois. Qu’est ce qui vous a emmené dans cette ville ?

J’ai suivi une formation d’acteur et j’ai toujours rêvé de vivre aux États-Unis et de partir là-bas me former. L’ année dernière a été l’occasion de réfléchir plus sérieusement à ce projet et de le mettre en place, donc je suis arrivé en septembre 2017 pour faire une formation d’acteur à Los Angeles.

Vous avez grandi en Guadeloupe c’est ça ?

Exactement. J’ai vécu en Guadeloupe et à l’âge de 18 ans, je suis parti à Paris pour faire mes études. J’étais à l’université Paris 3 et j’y ai fais une licence d’études théâtrales puis la première année du master d’études théâtrales. En même temps, je suivais des cours privés dans un premier temps à l’atelier théâtral de création et dans un second temps au studio Pygmalion pour faire une formation d’acteur plus poussé dans la mesure où, la formation que je recevais à l’université Paris 3 était très théorique et comme j’avais pour projet de devenir acteur, il me fallait passer plus de temps sur le plateau, me former et acquérir les outils nécessaires pour la pratique théâtrale.

Qu’est-ce qui vous intéresse tant dans ce métier devant la caméra ?

C’est de raconter des histoires. Je pense qu’en tant que guadeloupéen, antillais et caribéen, et en tant que noir, il y a des histoires que j’aimerais raconter. Je sais que si je ne le fais pas, personne ne le fera. Je pense que c’est à notre génération de raconter les histoires qu’on a envie de voir et parler de nous, de la façon dont on en a envie.

Cette envie de devenir acteur, vous l’avez depuis longtemps ?

J’ai toujours aimé faire rire dans un premier temps, faire des spectacles, prendre la parole, être en public. Je pense que j’étais énormément influencé par, dans un premier temps les humoristes, les sketchs. Je pense notamment à « pawol pou ri » en Guadeloupe, à Jean-Yves Rupert en Martinique. Ce sont des gens que j’ai regardés énormément quand j’étais plus jeune et je pense que c’est ma vocation depuis un bon moment. C’est au niveau du lycée qu’ il a fallu choisir ce que j’allais faire dans la vie et ça c’est imposé à moi.

Au lycée vous aviez suivi des cours axé sur le théâtre et le cinéma ?

Pas du tout, justement quand je suis rentré au lycée, je me destinais plutôt à être professeur de physique-chimie. J’avais toujours en tête d’être acteur. Mais en discutant avec mes parents, le fait de devoir assurer ses arrières revenait perpétuellement : “il va falloir un travail alimentaire pour subvenir à tes besoins avant de faire ta passion”. Je me suis dis, je veux être professeur de physique-chimie puisque j’aimais beaucoup les sciences, cela m’aurait servi de travail alimentaire. Mais au moment de faire le choix définitif en discutant avec mes parents, je me suis rendu compte que ce n’était pas ce que je voulais faire. J’ai été suivi par un psychologue et ce qui en est ressorti, c’était justement cette envie de faire ça à plein temps. Quand ma mère s’est rendue compte de cela, elle s’est dit : « si c’est ce qu’il a envie de faire, il vaut mieux qu’il le fasse ». Mon père a eu le même discours, il m’a dit : « ça va être difficile, il va falloir que tu te battes, ça va être compliqué mais si c’est ce que tu as envie de faire, fais-le. »

Comment se prépare ce voyage vers Los Angeles ?

La décision a été prise à l’été 2016, quand je suis rentré en Guadeloupe. J’en ai discuté avec mes deux parents et je me suis dit “je pense que c’est là qu’il faut que j’aille”. Depuis longtemps je m’étais dit que j’irais aux Etats-Unis pour me confronter à la réalité. En juillet 2016, la décision a été prise de partir. Il fallait trouver une solution pour rentrer aux Etats-Unis puisque ce n’est pas forcément évident. C’est extrêmement compliqué d’avoir un visa de travail sur place. Donc j’ai cherché une solution alternative et j’ai trouvé UCLA Extension. Le principe de UCLA Extension c’est qu’ils proposent des certificates. Ce sont des programmes qu’ils appellent post-graduate c’est-à-dire que ce sont des personnes qui ont déjà des diplômes et qui veulent continuer à se former dans leur domaine de travail.

Partie 2 – Interview de Karim guadeloupéen à Los Angeles

Comment ça se passe pour vous ? Est-ce que ça correspond à ce que vous cherchiez ?

Cela se passe bien. Évidemment il y a des difficultés, d’adaptation comme à chaque départ, parce que tout est nouveau finalement. J’ai un bon niveau en anglais mais il me faut encore travailler pour pouvoir m’améliorer. Au début, ça a été difficile parce que je n’avais pas de repères. J’ai un cercle d’amis avec qui je travaille, que j’ai rencontrés durant les cours et ça se passe de mieux en mieux en fait.

Vous travaillez votre jeu d’acteur en anglais ?

C’est ça, c’est une formation d’acteur. Je fais à peu près la même chose qu’à Paris mais en anglais, ce qui est intéressant aussi c’est que j’approfondis des techniques que j’avais vu à Paris et j’apprends de nouvelles choses comme la façon de travailler à Hollywood. La plupart de mes instructeurs ont déjà travaillé dans cette industrie en tant qu’acteur, en tant que réalisateur et ils nous donnent des outils pour fonctionner dans cette industrie là.

Cette industrie ne vous fait pas peur ? C’est une énorme machine et on entend tellement de choses. Les coulisses du cinéma ne sont pas toujours très glorieuses ?

C‘est vrai que cela effraie, mais je pense que quand on veut certaines choses, on va tout faire pour y arriver. Et à l’heure actuelle, il n’y a pas d’emplois sûrs. Avant on commençait un emploi en début de carrière et on y finissait sa carrière. Aujourd’hui il n’y a plus cette sécurité de l’emploi. Elle demeure encore dans certains milieux comme le fonctionnariat notamment, mais même là on se rend compte qu’il n’y a plus cette sécurité. C’est clair que c’est un milieu compliqué, je le savais avant, ça vient confirmer certaines choses. Mais c’est ce que j’ai envie de faire et justement, il y a des choses que j’ai envie de changer dans ce milieu là, notamment le traitement des noirs à l’écran. Je ne sais pas comment je ferai ni si j’y arriverai, mais en tout cas ce sont mes ambitions.

Quels sont vos projets ? Vous avez cette école pendant un an et après vous avez envie de rester sur place ?

Exactement. A l’issue du programme UCLA extension, ils donnent une autorisation de travail sur place pendant un an. C’est ce qui m’a vraiment séduit. Je veux me former encore plus, acquérir de nouveaux outils et après les tester sur place. C’est très compétitif parce que Los Angeles, c’est la Mecque. Des gens de partout viennent exactement dans le même objectif. Mais c’est ce que je voulais aussi parce que je me dis : « être dans une compétition avec les meilleurs ça rend forcément meilleur en fait. » Je me dis que si même si à l’issue de ce programme, je n’atteins pas mes objectifs qui sont de pouvoir travailler aux Etats-Unis, je serais devenu un acteur meilleur. Mon objectif à court terme est de valider mon certificate et après obtenir l’autorisation de travail pour passer des castings ici et travailler dans la mesure du possible. Au début ce ne sera pas forcément un grand rôle, ce sera de la figuration, des publicités, des petits rôles…et à force d’en faire c’est le travail qui permet d’accéder à ce qu’on veut.

Vous avez un modèle ? Quelqu’un dont vous avez envie de suivre les traces ?

Il y en a plusieurs. En grandissant, c’était beaucoup Denzel Washington, Samuel Lee Jackson. Ce qui m’a fait plaisir ici, c’est que quand je regarde les séries et les films, il y a des gens qui me ressemblent, qui ont mon âge et il y en a de plus en plus. Avec l’arrivée de Netflix et de tout ce qui est streaming, il y a plus de place puisqu’il y a de plus en plus de shows qui se créent et on a de plus en plus besoin de nouveaux acteurs. Il y a de plus en plus d’opportunités qui se créent. Je pense aussi à Michael B Jordan, O’Shea Jackson Jr.  Ils sont de ma génération, entre 20 et 30 ans. Ce sont eux qui m’inspirent et qui me poussent à travailler, c’est ce genre de rôle que j’ai envie de faire. Je pense à “Moonlight” par exemple, un film qui m’a beaucoup marqué. Le travail de Barry Jenkins, ce qu’il traite, la façon dont c’est fait. C’est vraiment un film magnifique !

Partie 3 – Interview de Karim guadeloupéen à Los Angeles

Lorsque vous rentrez au pays, est-ce que çà ne fait pas un choc ?

Le point négatif à Los Angeles c’est qu’il y a énormément d’embouteillages. Je n’ai pas de voiture actuellement et je me déplace beaucoup en Uber. La chance que j’ai c’est que j’habite à Westwood donc mes cours sont à côté de chez moi et je peux y aller à pied. Mais quand il s’agit de se déplacer, c’est beaucoup en Uber parce que les transports ne sont pas aussi fiables qu’à Paris par exemple. Il n’y a pas de métros pour se déplacer dans toute la ville. Les bus prennent énormément de temps. Il faudra faire énormément de changements. C’est très aléatoire donc j’utilise beaucoup Uber.

Comment se passe l’adaptation à la vie américaine ?

Au début,  j’ai pris du temps pour trouver des produits qu’on trouve facilement en grande surface à Paris ou en Guadeloupe. Ici on achète plutôt des plats tout prêts qu’on met au four à micro-ondes. J’avais lu pas mal de blogs de jeunes partis à Los Angeles qui disaient qu’il fallait faire attention puisque ce n’était pas la même alimentation. Il y avait beaucoup de produits transformés, de sucre, et qu’on pouvait très vite prendre du poids et ne pas avoir les mêmes nutriments qu’avant. Dans différentes grandes surfaces, j’ai trouvé des produits frais, “bio”. Cela coûte beaucoup plus cher mais j’arrive à m’en sortir.

Vous avez rencontré des amis antillais à Los Angeles, aussi des américains ?

Des amis antillais à Los Angeles, pas du tout. Je pense qu’on n’est pas nombreux. La plupart de mes amis étaient vraiment des étudiants étrangers comme moi : des Suédois, des Français, des Turcs. J’ai eu la chance de faire partie d’un programme qui s’appelle language partner. On m’a couplé avec un binôme américain pour pratiquer mon anglais et pour que lui pratique son français, afin que je rencontre aussi des américains. Donc là, je commence à rencontrer de plus en plus d’américains. Au début c’était un peu compliqué de rencontrer des américains puisque la plupart des étudiants dans mon programme sont des étudiants étrangers.

Vous avez des projets professionnels concernant la Guadeloupe, les Antilles ?

C’est encore flou pour moi à vrai dire. Il y a des histoires que j’aimerais raconter par rapport à la Guadeloupe mais pour le moment ce n’est pas quelque chose que je définis dans l’immédiat. Je suis vraiment sur mon projet de formation dans un premier temps et d’essayer de réussir aussi. Il est clair que j’ai envie de développer quelque chose en Guadeloupe et après, plus largement aux Antilles et dans la Caraïbe.

Certains rôles vous séduisent plus que d’autres ?

Ce qui m’intéresse vraiment c’est le drame. Mais j’ai été formé pour tout faire, je prends du plaisir à tout faire : drame, comédie, romance. Mais c’est vrai que ce qui m’interpelle le plus c’est le drame. C’est une qualité de l’être humain : voir comment surmonter les épreuves du quotidien. Soit les personnages de drame meurent ou ils en sortent grandi. C’est ce qui m’interpelle le plus. Mais je ne ferme aucune porte et ce sont les portes qui vont s’ouvrir, je veux rentrer là où j’aurais les opportunités. J’aime tout mais c’est vrai que j’ai une préférence pour le drame.

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