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Les Caribexpats sont interviewés tous les jours à 12h30 en partenariat avec la radio RCI dans l’émission “Les Antillais dans le Monde”. Jimmy antillais à Lafayette, vit en Louisiane depuis quelques temps déjà où il est professeur de musique dans une école française.
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Réécouter l’interview de Jimmy expatrié antillais à Lafayette (Louisiane – Etats-Unis)

Partie 1 – Interview de Jimmy expatrié antillais à Lafayette (Louisiane – Etats-Unis)

Jimmy bonjour ! Vous êtes à Lafayette en Louisiane. Racontez moi comment est ce que vous êtes arrivé à vous installer dans cette belle contrée du sud des Etats-Unis ?

Mon épouse a postulé il y a 4 ans pour être professeur en Louisiane. J’ai suivi ma femme et j’en ai profité pour proposer mes services en tant que professeur de musique, ce qui n’avait jamais été fait avant. Ils ne recrutaient que des professeurs de Français et Maths en école primaire, mais pas de musique. J’ai tenté ma chance puis j’ai eu un entretien, on a certifié mes diplômes et on m’a donné un travail assez vite.

Dans quelle école est ce que vous enseignez ?

J’enseigne dans deux écoles mais mon école de rattachement c’est une petite école d’immersion de Lafayette. Les cours sont en Français. J’ai des enfants de l’âge de 4 ans jusqu’au CM2. C’est vraiment extraordinaire aux Etats-Unis les élèves de CM2 qui ont la chance d’avoir un prof d’orchestre qui vient tous les matins, qui travaille avec eux et un prof de chorale. Je fais la chorale en français et il y a un professeur d’orchestre qui vient aussi pour les petits. C’est assez impressionnant ce qui se passe à la fin de l’année, on  voit comment ils jouent des instruments. C’est vraiment un exemple à suivre !

Parlez-moi un peu de l’école d’immersion, comment ça fonctionne ?

Le matin quand les enfants arrivent ils sont dans leur classe avec leurs professeurs et les cours sont dispensés en Français de 7h30 à 15h00. Ils ont aussi recruté un professeur de sport. Mais le cours n’est pas encore en Français. Dans quelques années, l’école deviendra en complète immersion et tout sera dispensé en Français.

Mais qui sont, ces enfants, ces familles qui font le choix de faire l’apprentissage en Français ?

Ces familles sont souvent issues de familles louisianaises qui ont un grand parent qui a parlé ou qui parle toujours un peu le français Cajun ou le français cassé, c’est-à-dire le vieux français comme ils disent. Ce sont souvent des enfants qui suivent un peu l’héritage de la famille. Aussi on est en train de travailler sur la redynamisation et la réintroduction du français en Louisiane. Il y a aussi l’activité économique qui est en train de se développer autour du Français en Louisiane. Donc il y a vraiment plein d’aspects qui invitent toutes ces populations à se re-familiariser avec le français, parce que ça a été interdit pendant quelques années. Le Codofil (Conseil, pour le Développement du Français en Louisiane), un organisme qui recrute des enseignants, a permis en 50 ans de faire revenir le français dans les écoles. Chose magnifique qui permet aujourd’hui à des enfants de pratiquer, lire, écrire, compter et parler en français.

Votre épouse qui vous a amené en Louisiane, qu’est-ce qu’elle fait comme métier, et pourquoi ce choix de La Louisiane ?

Elle était enseignante en France. Elle a entendu parler de ce programme d’immersion par hasard. Cela nous a vraiment plus. Et on a décidé d’essayer. C’est une expérience, à la base on a un contrat de 3 ans puis on peut continuer ou rentrer chez nous. On a décidé de vivre l’expérience avec notre petit garçon aîné, qui à l’époque avait 2 ans et demi. Il a 6 ans maintenant. La Louisiane c’est le pays du jazz. C’est là qu’est née toute cette racine musicale qu’on absorbe dans le monde entier. Je me suis dit que c’est l’occasion rêvée pour moi, comme je suis musicien, de pratiquer et de rencontrer des gens et de jouer !

Partie 2 – Interview de Jimmy expatrié antillais à Lafayette (Louisiane – Etats-Unis)

Votre épouse est également Martiniquaise ?

Pas du tout elle est normande. J’ai vécu en  Normandie pendant presque 17 ans. J’ai fait mes études en musicologie et à l’Université et nous nous sommes rencontrés en Normandie.

Votre berceau familial en Martinique c’est Rivière- Pilote, c’est ça ?

Oui, je suis Pilotin. J’ai vécu en Martinique jusqu’à l’âge de 19 ans. J’ai des parents magnifiques. On habitait le quartier Concorde pas loin de la Mauny pour resituer un peu. J’ai toute la famille qui est encore là. J’ai mes parents qui vivent encore à Rivière-Pilote.

Qu’est-ce que vous gardez de cette richesse que vous a apportée la Martinique. Est-ce que le choix de la Musique aussi s’est fait très tôt ?

Ma mère m’a invité à faire du piano à l’école de musique de Rivière-Pilote. Une très bonne école de musique où j’ai rencontré des enseignants exceptionnels. Ils m’ont vraiment donné le goût de la musique. Aujourd’hui, il y a plein de musiciens qui sont passés par cette école de musique à Rivière-pilote et qui continuent la musique. J’aurai 40 ans la semaine prochaine et je peux vous dire que cette école de musique m’a vraiment marqué. C’est aussi pour ça que je suis devenu professeur de musique. Il y a une charte musicale impressionnante et  des activités culturelles à Rivière-Pilote qui ont vraiment fait leurs preuves. Il y a le Festival des Nuits culturelles de Rivière Pilote qui marche très bien où j’ai eu la chance de jouer il y a presque 17 ans. J’ai eu la chance aussi de redécouvrir la Martinique en étant en France. Quand on fait nos études en hexagone on a 2 options : soit on s’éloigne de son île, ou soit vraiment on revit, on sublime un peu cette distance qui nous sépare. Je redécouvrais la Martinique en étant loin d’elle et je me suis un peu replongé dans la musique traditionnelle : la biguine, la mazurka pour comprendre ce qui est notre culture aussi. J’ai aussi eu la chance de rencontrer des musiciens extraordinaires en France qui m’ont vraiment initié, qui m’ont redonné un peu la clé de compréhension de cette musique.  J’ai eu aussi la chance de faire des rencontres assez intéressantes en France qui m’ont permis de comprendre un peu mieux ma culture musicale.

Vous jouez de quel instrument Jimmy ?

Je suis pianiste à la base. Je fais de la basse aussi et un peu de percussions. J’ai la chance de préparer un mémoire de musicologie sur la musique traditionnelle de la Martinique. Et j’ai eu la chance de rencontrer Monsieur Léon Sainte-Rose qui  m’a offert,  il y a presque 12 ans, des flûtes en bambou que je continue à jouer. Je n’ai pas le niveau de Dédé Saint Prix ou Monsieur Sila mais j’ai la chance de toucher à tous les instruments. Mais mon instrument principal c’est le piano.

Vous faîtes aussi des performances ? Et dans quel style musical ?

Je suis assez ouvert. L’année dernière, j’ai joué dans un groupe de pop français, espagnol et anglais. Mais à la base je suis Chef de chœur aussi. Je pratique beaucoup de chorale en français en Louisiane. Cette année, je joue dans un groupe de salsa. On est 13 musiciens et on répète chez moi. Nous sommes prêts pour le Festival  international cette année. Je fais aussi des petits événementiels en Latin Jazz avec des musiciens du monde entier. Je n’ai pas encore fait de zouk en Louisiane, mais pourquoi pas. Je touche un peu à tout !

Partie 3 – Interview de Jimmy expatrié antillais à Lafayette (Louisiane – Etats-Unis)

En dehors du Festival International, où là la ville de Lafayette vit vraiment aux rythmes de la musique, vivre à Lafayette c’est quoi ?

Il faut aimer la chaleur et la pluie aussi. On a souvent tendance à dire que c’est le Nord des Antilles. C’est vraiment tropical. Il y a la neige. Mais il fait très chaud et il y a beaucoup de pluies, une humidité incroyable. Il y a quand même une opportunité qui nous a été offerte, c’est d’enseigner le Français. Il y a énormément de festivals toute l’année. Le Festival de l’Ecrevisse, le Festival du Boudin, le Festival de tout ce que vous voulez…Il y a une population qui vit tranquillement. Il y a des choses très sympas à voir. Il y a des Bayous à visiter aussi. Il y a une économie qui émerge aussi, mais en fait c’est l’économie Américaine. Il y a une population qui s’est rapprochée autour de Lafayette car parfois il y a des gisements de pétrole pas très loin. Il y aussi une population de survivants qu’on appelle les Cajuns qui sont au sud de La Louisiane et qui perpétuent le Français à travers des projets culturels souvent de musique. Il y a des radios en Français aussi. On peut entendre de la Musique du monde entier en Louisiane. J’ai vraiment axé ma présence ici sur le Culturel et le Musical car c’est vraiment riche. Il y a de la musique partout et tout le temps.

Et vos amis sont très internationaux ? Vous avez rencontré des antillais à Lafayette qui vivent sur place comme vous ?

On a quelques Antillais à Lafayette qui vivent ici. Notre école est pratiquement internationale. On a des enseignants du Cameroun, du Maroc, de Belgique, d’Haïti aussi. Notre objectif c’est “le cœur local ouvert au monde”. Ce sont vraiment les racines profondes de la Louisiane qu’on essaie de développer et ouvrir au monde. Les Antillais à Lafayette il y en a plein. J’ai une amie de Saint-Pierre qui habite pas très loin de chez moi. On se voit au moins une fois par semaine pour manger ensemble et de temps en temps on fait des concours de pain au beurre !

Et votre petit garçon est bilingue ?

Ah oui, complètement ! C’est lui qui traduit les conversations pour moi ! Quand je suis  arrivé en Louisiane mon Anglais “pa té ka monté mon’ ” comme on dit ! Ce n’était pas facile pour moi, mais j’ai appris avec le temps. Aimé est complètement bilingue, c’est assez exceptionnel. On a une petite fille qui s’appelle Rosalie qui a un an et demi.

Vous maîtrisez bien l’anglais aujourd’hui ?

Oui. Je comprends tout ce qu’on me dit et j’arrive à me faire comprendre. Je n’utilise pas tous les mots du vocabulaire américain. J’ai eu, pendant 2 ans, des moments difficiles où les gens ne comprenaient pas du tout ce que je disais. Il a fallu faire beaucoup d’efforts pour se faire comprendre et maintenant ça va.

Est-ce que vous avez eu l’occasion de voyager aux Etats-Unis ?

Oui. On a eu la chance de visiter le sud, la Floride, Memphis, le pays du Blues, de découvrir aussi le Texas car on est à 3 heures de Houston. On était à New-York, il n’y a pas longtemps. Par exemple les avions internes ne sont pas très chers. A 80 dollars, on peut partir à New-York.

Partie 4 – Interview de Jimmy Louis-Marie, antillais à Lafayette (Louisiane, États-Unis)

Quel est votre projet aujourd’hui ?

On a une opportunité qui est vraiment extraordinaire ici. J’ai la chance de faire de la musique, des concerts, un métier dans lequel je me sens bien. Mais on a aussi des opportunités ailleurs. Il y a du travail en France aussi. On aime bien le Canada. Pourquoi pas revenir en Martinique. Peut-être aussi qu’avec mon expérience, ça sera plus facile de travailler en France ou en Martinique. C’est vraiment au jour le jour. On a envie d’essayer le Canada. C’est compliqué au niveau de la température, mais au niveau des opportunités, il y a aussi des choses sympathiques à faire. J’ai eu la chance de faire en Louisiane en 4 ans ce que je n’ai pas fait en 10 ans, 15 ans en France.

Quand vous disiez “revenir en Martinique”, ce n’est peut être pas si évident que ça notamment dans la musique ? Quel est votre point de vue si vous deviez préparer un tel retour ?

J’essaierai, je dis “essayer “parce que je sais que c’est très compliqué, de proposer sa vision aux instances qui n’ont pas forcément la même que la mienne. Ma vision est très simple. Aujourd’hui on est dans un monde complètement mondialisé qui fonctionne avec des règles commerciales, économiques et on a souvent tendance à mettre le  culturel de côté et mettre en avant la politique. Je ne joue pas du tout dans ce domaine. Je veux avant tout être en mesure de mettre le culturel en avant. Qu’est-ce qu’on a comme richesse aujourd’hui ? La richesse c’est notre culture, notre langue, le créole c’est notre capacité à raconter notre histoire, à la sublimer, la transmettre que ce soit  la culture musicale, artistique dans tous les sens du terme. Je pense que La Martinique est artistique. Il y a énormément d’artistes en Martinique qui ont besoin d’être soutenus. Si un jour il y avait un retour en Martinique, ce serait surtout dans cette optique là de soutenir les artistes. Les artistes locaux sont en train de se faire dévorer par l’univers du spectacle. C’est très compliqué. C’est ce qui a aussi fait mon choix d’aller en France. On va parler franchement. J’ai fait plusieurs essais en Martinique. J’ai ramené il y a quelques années par exemple une chanson qu’on appelle “Kous yol”.  C’est un travail que j’avais fait avec des musiciens en France pour vendre mon concept musical en Martinique. C’est pour dire aussi qu’il y a des musiciens en France qui aiment la Martinique et qui essaient musicalement d’exprimer ce qu’ils ressentent. Finalement on a choisi de mettre sur les images de la courses des yoles du “Ayo” et du “David Guetta” plutôt qu’un martiniquais qui essayait de montrer à quel point il aimait son île. Vous imaginez que c’est très difficile d’arriver avec une vision en disant “les amis montrons au monde entier que nous avons une culture musicale qui est à nous”. Cela ne nous empêche pas de vivre très bien avec les autres musiques. Monsieur Léon Sainte-Rose que j’ai rencontré, très grand musicien, m’a dit il y a plus de 12 ans : “Nous jouons prioritairement la musique des autres et accessoirement la nôtre”. Nous devons absolument un jour renverser ce rapport. Ce n’est pas simple.

Imaginer un projet d’enseignement comme vous le faites en Louisiane, une école où on aurait vraiment beaucoup de places pour le culturel et les langues ?

Oui. S’il y a une chose comme çà qui se met en place, il faudrait axer le projet sur l’échange. Il ne faut pas rester enfermé. Il faut échanger avec les autres communautés, qu’elles soient francophones, anglophones et créolophones surtout. Tout ce qui est la Caraïbe qui est déjà hyper riche dans tout ce qui est “créolité”, il faut inviter les îles autour. Ce sont des pistes de travail. Il faut inviter les enfants, cette future génération. On doit mettre absolument la priorité sur les enfants, les aider, les soutenir, les encourager, leur dire à quel point on est content d’eux, les inviter à chanter en créole, à parler créole, à chanter en français. On me dit que c’est délicat mais moi je dis “pourquoi pas ?”

Partie 5 – Interview de Jimmy Louis-Marie, antillais à Lafayette (Louisiane, États-Unis)

Je parle surtout en créole à ma femme.

Elle comprend bien ?

Oui, oui parfaitement.

Vous avez l’occasion de revenir en Martinique ?

Je suis revenu il y a deux ans. On a fait un trempage. J’habite pas loin de la Mauny, donc vous savez ce qui se passe de temps en temps ! J’aime beaucoup le fait d’être sur l’île. Je ne mange pas de viande quand je suis en Martinique. Il y a tellement de produits de la mer qui sont vraiment extraordinaires à découvrir : an lè mwen ka mété an chatwou a tè, mwen ka manjé an ti pwason griyé…c’est fabuleux ! Cela me fait énormément de bien. Un retour aux sources : je monte à l’ Alma, j’écoute le bambou craqué, j’écoute cette nature qui nous fait du bien, je mets les pieds dans la rivière comme dit Kali, pour “monter la rivière”…toutes ces petites choses là, qu’on n’a pas forcément tendance à comprendre lorsqu’on vit en Martinique, car on est tellement habitué. Mais lorsqu’on vit loin et qu’on rentre en Martinique ça fait un bien pas possible. C’est mon bol d’air ! On a besoin de ça parce qu’il y a beaucoup d’antillais qui sont coincés en France qui ne peuvent pas rentrer faute de moyens financiers. Si tu leur dis “rentres chez toi, va manger un petit carambole, un petit igname,…”. Toutes ces choses là je les vis profondément et ça fait du bien !

On sait aussi que les États-Unis sont un pays un peu dur parfois, notamment pour ceux qui ne réussissent pas à réaliser leur rêve. Il y a aussi une administration controversée…ça vous touche ou pas ?

Juste avant que vous m’appeliez, à 9h00 ce matin, il y avait un entraînement, ça s’appelle « locked down » et ça veut dire que toutes les portes sont fermées. Pendant une demi-heure on fait un entrainement en cas d’intrusion sur le campus. C’est particulier : plutôt qu’interdire les armes, on entraîne les enfants à se cacher, une chose que je ne comprends pas. On nous apprend aussi à être attentif à une certaine sonnerie, s’il y a un ouragan ou des fortes pluies, un feu dans l’école il faut être au courant. Il y a beaucoup d’entraînements comme ça, ce qui est normal dans toutes les écoles, même en France on fait des simulations. On est aussi dans cette réalité américaine où, à tout moment,  quelqu’un peut rentrer dans une école avec une arme. Vous parliez de système d’éducation, ce système ne laisse pas beaucoup de place à l’enfant. L’éducation ici laisse surtout la place aux tests. On doit absolument et prioritairement tester l’enfant pour le faire devenir meilleur que les autres, mais au détriment de sa santé. L’enfant est souvent fatigué. Il n’y a pas beaucoup de vacances. Il y a beaucoup de familles noires ici qui ont du mal avec l’école. C’est la Louisiane, on est dans le sud des Etats-Unis, donc il y a aussi une histoire qui est proche de celle de la Martinique, celle de l’esclavage. On va dire que dans la mentalité, la psychanalyse n’a pas vraiment été faite, dans le sud des Etats-Unis qui aura besoin, à un moment, d’avoir une « conversation »  par rapport à l’esclavage et de mieux vivre ensemble, parce que c’ est encore très difficile.

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