caraibexpat_martiniquais_guadeloupeen_guyanais_turquie_yann1Trouver un Antillais en Turquie improbable ? Pas pour Caraibexpat ! Le tour du monde des Antillo-Guyanais qui vivent dans des pays insolites continue.

Après la Chine que vous avez pu découvrir avec Joris, voici l’histoire de Yann, 29 ans, informaticien (ou plutôt Can pour ceux qui parlent le Turc).

Il a quitté la Guadeloupe et a travaillé à Ankara. Et pas pour n’importe quel employeur : un département de l’ambassade de France en Turquie ! (Oui, j’ai aussi cru que j’ hallucinais quand il me l’a dit).

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Quel est ton parcours ? Comment es-tu arrivé en Turquie ?

“Je me suis toujours intéressé à l’informatique et l’électronique depuis l’enfance. Après mon BTS, je ne pensais pas forcément partir. Entre le Canada et la France hexagonale, j’ai choisi la 2ème destination et j’ai fait une licence professionnelle à l’université de Paris XII. Avec des cours 1 mois sur 2, j’ai pu travailler et économiser mais l’université çà reste très théorique. Après 2 ans, j’ai voulu trouver une formation d’ingénieur en alternance, c’est la croix et la bannière. Une entreprise n’accepte un candidat que s’il a de l’expérience et c’est justement le contrat en alternance qui permet d’en acquérir…en fait le serpent qui se mort la queue. Finalement j’ai dû partir pour en avoir.”

Par quel miracle as-tu décroché un poste dans un département de l’ambassade de France en Turquie ?

“J’ai entendu parler du VI – Volontariat International*-  et du site civiweb*. Les offres sont plus accessibles pour les profils en finance, informatique, secteur pétrolier/énergie et sciences ou pour ceux qui ont fait leur cursus à l’ENA* ou en Sciences Politiques. Pour les autres c’est au petit bonheur la chance !

J’ai postulé aux offres de civiweb. J’avais une préférence pour le poste pas vraiment pour la destination. J’ai passé trois entretiens et entre le Sénégal , Dubaï et la Turquie, la 3ème proposition s’est confirmée avant. Puis, je suis parti travailler à l’Institut Français d’Ankara* une ville de 4 millions de personnes située en plein cœur de la Turquie, à 1000 mètres d’altitude ou la température varie entre 35° et – 20° !

Pour les VIA* au sein des départements de l’ambassade de France la langue de travail c’est le français sauf si d’autres langues sont spécifiées dans l’offre d’emploi. De plus, les entreprises ont toujours des prérequis. Cependant, est-ce-qu’elles vont trouver un candidat entre 18 et 29 ans ,diplômé d’un BAC+3 ou BAC+5, dans un domaine super pointu, qui parle le français, l’anglais, le russe, le malais, qui est disponible maintenant et motivé pour aller vivre à Rostov-na-Donu (Russie) ou Kuala Lumpur (Malaisie) ? Tout ne colle  pas forcément. Il ne faut pas se focaliser sur la destination mais sur le poste. Même si ton profil ne correspond qu’à une partie des critères tu peux quand même tenter ta chance et çà peut passer.”

En quoi consiste ton travail à l’Institut Français d’Ankara ?

“L’Institut Français a des antennes à Ankara, Istanbul et Izmir. J’étais chargé de manager les systèmes informatiques, gérer les relations avec les fournisseurs et m’occuper des utilisateurs.

Mes interlocuteurs étaient francophones et turcophones, je n’ai pas eu de mal à m’intégrer et me faire des amis. Cependant mes collègues m’aidaient pour les démarches administratives et la traduction de documents. Je trouve que les Turcs sont plus chaleureux. Dans leur attitude, je dirais qu’ils sont plus proches des Antillais.

L’avantage du VIA* par rapport au VIE* c’est qu’on est plus encadré, çà facilite l’intégration. L’ambassade prend en charge toutes la paperasserie administrative. Dans certains cas on bénéficie même d’un passeport diplomatique. C’est pratique surtout à l’aéroport Pôle Caraïbe en Guadeloupe pour éviter les files au contrôle.

Ensuite, le contrat de VI* donne droit aux 5 à 6 semaines de vacances de base comme en France. En les cumulant avec les vacances religieuses (par exemple la fin du ramadan pendant lequel tout est fermé), les congés exceptionnels d’hiver en cas de tempête de neige et quelques jours fériés turcs et français j’ai pu avoir 8 à 9 semaines de vacances par an !”

En combien de temps as-tu atteint un niveau de turc courant ?

“Avant de quitter Paris, j’ai été au centre culturel Anatolie*. Je n’avais pas le temps de prendre des cours mais j’ai acheté 2 livres, j’ai appris la langue en 1 an et l’année suivante j’ai approfondi mes connaissances. C’est une langue logique, avec un alphabet latin. J’ai essentiellement appris le turc grâce à ces 2 bouquins, les soirées dans les bars avec des amis qui parlent l’anglais voire uniquement le turc, et en regardant la télévision. Même faire du karaoké çà aide vachement !

Aujourd’hui je parle le turc couramment. Par contre je ne comprends toujours pas certains textes de lois qui sont plus compliqués car ils comportent beaucoup de mots ottomans et arabes. Il y a des mots communs entre le turc et l’arabe mais ce sont 2 langues totalement différentes. A la base les Turcs viennent d’Asie centrale. Dans la famille des langues turques, je peux comprendre l’azerbaïdjanais mais seulement quelques mots d’ouzbeck (qui comporte des mots en russe).”

La majorité des habitants ici sont musulmans. Cependant la Turquie est bien un pays laïque n’est-ce-pas ?

“Oui, c’est un pays laïque mais les Turcs ont ce côté paradoxal.

Il y a des épiceries ouvertes de 6h à 2h du matin qui vendent de l’alcool à chaque coin de rues comme il y a des mosquées dans chaque quartier. La plupart du temps elles sont vides sauf le vendredi, le jour du culte. Sinon, ce sont surtout les touristes qui les visitent car elles sont très belles. Ici la religion est précisée sur la carte d’identité et les Turcs sont en majeure partie musulmans. Cela ne les empêche pas d’avoir le raki pour boisson nationale ! Un alcool turc à l’anis qui ressemble au pastis surtout consommé dans les régions côtières (c’est lié à la culture méditerranéenne).

D’ailleurs les Turcs aiment beaucoup faire la fête. J’en ai profité à un point où j’ai du m’arrêter. Sortir du mardi au dimanche et rentrer tous les soirs à 2h ou 3h du matin…ton corps ne suit plus au bout de quelques mois !”

C’est bien tout çà ! As-tu pu gardé des liens avec tes amis turcs ? Est-ce-que tu reviens en Guadeloupe régulièrement ?

“Oui et j’ai prévu de retourner en Turquie bientôt. J’avoue que çà a été une déchirure de partir. Ce que j’ai vécu n’a pas de prix mais toute les bonnes choses ont une fin.

En 2011, je suis revenu en vacances en Guadeloupe et j’étais content de revoir ma famille et mes amis après 3 ans d’absence mais après quelques jours j’avais une petite sensation de manque. Quand je suis reparti en Turquie j’avais l’impression de revenir à la maison. En fait je me suis rendu compte que j’étais autant chez moi en Guadeloupe qu’en Turquie !

A Ankara , j’ai compris l’importance de l’image que je véhicule. J’ai compris que j’étais réellement un ambassadeur, et nous le sommes tous en dehors de nos régions. Il est donc important de bien se tenir, sans tricher pour donner une bonne image et ne pas trop tenir compte de la bêtise de certains, car nous sommes tous étrangers quand nous sommes hors de nos terres.

A la fin de mon VIA* en octobre 2012 je suis rentré en France. Je me suis rendu compte de la conjoncture actuelle dans le domaine de l’informatique et la vague d’outsourcing*. Vu que j’avais surtout envie de continuer à m’amuser tout en enrichissant mon CV, j’ai prospecté ailleurs (Lithuanie, Pologne, Autriche) et j’ai atterri en République Tchèque où j’ai travaillé pour IBM pendant 1 an, avant de déménager à Budapest pour changer d’air.”

Après la Turquie tu as été en République Tchèque et aujourd’hui tu vis en Hongrie. Quelles sont les opportunités professionnelles en Europe centrale ?

“Beaucoup d’entreprises délocalisent leur service informatique en Europe de l’est et en Europe centrale surtout en République Tchèque car les prix sont moins élevés. C’est bien pour démarrer car le marché de l’emploi est dynamique dans l’informatique et tout va plus vite.

A vrai dire, je n’ai pas l’impression que l’on me demande de faire vœux de dévotion pour réussir un entretien car ce serait un énorme honneur que l’on m’accorderait d’occuper ce poste. Le recruteur regarde surtout ce que tu sais faire, combien tu vas lui coûter et lui rapporter et te dis ce qu’il attend de toi et c’est tout !

Par contre je ne conseille pas d’y rester trop longtemps, sauf pour une autre bonne raison, on se fait plus exploité qu’autre chose sur le long terme ! Cependant la vie y est agréable, être “exotique” apporte du bon et la fameuse “French Touch” est “so sexy” !

D’ailleurs, je pense en discuter avec quelques uns de mes anciens professeurs et certains étudiants assez aventureux. Je ne pourrai pas leur trouver un emploi mais je pourrai leur donner des pistes et des conseils.

J’ai vécu a Brno dans le sud-est de la République Tchèque. Je m’y suis bien amusé, la bière est bonne, la population est assez jeune, les filles sont sympathiques et jolies même si je recommande plutôt Prague à un nouvel arrivant. Comme pour le turc j’ai dû étudier le tchèque. Les langues slaves ne sont pas si difficile qu’on le dit. Un an de travail régulier suffit pour avoir une bonne base. Ensuite j’ai trouvé assez facilement un autre poste en Hongrie dans une entreprise américaine.

La mobilité c’est pratique quand on est dans l’espace Schengen* car il n’y a pas de soucis de visa. Je pense rester à Budapest au moins jusqu’en septembre 2014. Après je partirai en Pologne afin de commencer une carrière de IT business analyst. J’ai déjà les bouquins de polonais comme livres de chevet ! Ensuite si possible, je ferai une escale en France pour suivre un master pendant 2 ans et mon rêve serait d’aller à Doha. La maitrise de plusieurs langues étrangères, même basique, peut être un atout (par exemple le français, l’allemand, le hollandais, le russe, etc….).”

Avant de changer de destination, il vous fait découvrir quelques spots incontournables en Turquie dans les prochains articles publiés également cette semaine : la Turquie pratique et la Turquie touristique.

* ENA : Ecole nationale d’administration.

* Institut Français : c’est un EPIC (Établissement Public à caractère Industriel et Commercial). Placé sous la tutelle du ministère des affaires étrangères, il contribue à la diplomatie d’influence de la France notamment par la promotion de la culture française à l’étranger. Il existe 96 instituts français dans le monde qui sont rattachés aux ambassades.

* VI (Volontariat International) et www.civiweb.fr : site d’informations et d’offres d’emplois sur le Volontariat International qui se fait sous 3 formes : VIE (entreprise), VIA (administration), VIS (sciences). Attention à ne pas confondre VI et bénévolat, les volontariats internationaux sont rémunérés.

* Centre culturel Anatolie : association qui vise à faire connaître la Turquie aux Français et favorise les échanges culturels entre les 2 pays.

* Outsourcing : sous-traitance.

* Espace Schenghen : espace unique regroupant 26 pays européens. Grâce à des mesures d’harmonisation et de coopération transfrontalière, les ressortissants des pays membres peuvent y circuler librement.

Rédaction : Doris Nol pour Caribexpat.com 

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