caraibexpat_naika_guadeloupe_trinidad_tobagoLe carnaval de Trinidad terminé, notre guide a accepté de vous parler de son parcours. Guadeloupéenne d’origine, Trinbagonian* d’adoption depuis 11 ans, elle rapproche les îles francophones et anglophones de la Caraïbe au quotidien.

Naïka travaille en fait dans le commerce international pour une entreprise mais aussi à son propre compte.

Notre francotrini* a créé son propre cabinet de conseils et aide les entreprises des Antilles françaises à se développer sur les marchés caribéens.

Naïka, quel a été ton parcours avant d’arriver ici ?

J’ai obtenu un BTS Commerce International et une Licence Commerce et Vente. J’ai aussi travaillé pendant un an en alternance dans une entreprise de distribution comme Merchandiser pour une marque de maillot de bain mondialement connue. Cette 1ère expérience a renforcé mon goût incontestable pour les affaires. Grâce à ma mère j’ai pas mal voyagé dès mon plus jeune âge. Elle m’a toujours inculqué l’importance de s’ouvrir au monde et aux autres cultures. Pour elle, ce sont deux des choses les plus enrichissantes pour le développement d’un individu. J’ai visité quelques pays/territoires avant de me rendre ici: France, Italie, Espagne, Canada, Etats-Unis, Thaïlande, Saint-Martin, Dominique, Barbade, Bahamas… et j’espère en visiter encore plein d’autres, car voyager c’est mon exutoire !

Parmi tous ces pays, tu as finalement choisi Trinidad. Quel a été ton déclic ?

Je suis arrivée ici en 2004, après l’obtention de ma Licence professionnelle. Le déclic s’est fait tout naturellement en 2002, lorsque je suis venue réaliser mon stage de BTS avec ETUDIANTS A BORD*. J’ai eu un véritable coup de foudre pour cette île. L’air avait un parfum particulier : “il faisait bon vivre”. C’est un sentiment inexplicable qui me nourrit encore aujourd’hui. En réalité, je n’ai pas choisi Trinidad, c’est Trinidad qui m’a choisi !

Tu travailles dans le commerce international. En quoi consiste ton quotidien ?

Je travaille chez un producteur local, le leader du rotomoulage* dans la Caraïbe qui existe depuis près de 40 ans. Je suis Responsable Commercial Export, en charge du développement des produits dans les DFA*, St. Martin, St. Barthelemy et Haïti. Je couvre aussi une partie de la Floride que j’ai tout récemment commencé à exploiter. En trois mots, « je dois vendre », pourtant mon métier est principalement axé sur les relations avec ma clientèle. L’avantage c’est que j’adore le contact avec les autres, donc je fais mon boulot avec beaucoup de passion et d’engouement !.

Tu accompagnes aussi les entreprises de Martinique et Guadeloupe qui souhaitent se développer dans la Caraïbe. Peux-tu nous parler de ton cabinet de conseils ?

J’ai créé mon cabinet “Caribbean Ikon Limited” en 2011. Je m’occupe de l’élaboration et la mise en œuvre de plans d’actions internationales pour le compte d’entreprises antillaises, ainsi que de leurs développements sur divers marchés, avec un focus sur la Caraïbe anglophone. Je les accompagne à travers une stratégie marketing et commerciale adaptée, le tout dans un climat de confiance et sans stress. Je collabore ponctuellement sur des projets de coopération, des opérations marketing et l’organisation de quelques événements culturels avec des partenaires basés en Guadeloupe, en Martinique et en Jamaïque

Retour 11 ans en arrière ! Quelles ont été tes démarches avant le départ ?

Ohh la la ! Elles ont été nombreuses sachant que la vie à l’étranger coûte chère et surtout parce que je voulais que tout soit en ordre avant mon arrivée. J’ai fait 3 déplacements à Trinidad avant de m’y installer, cela afin de m’assurer que mon logement était convenable et sécurisé, pour passer les entretiens de sélection avec mes écoles et aussi pour rassurer mes parents. “ETUDIANTS A BORD” a facilité mes recherches sur places. Je suis d’ailleurs Agent en Guadeloupe pour cette plateforme d’échanges linguistiques depuis  maintenant 10 ans. J’estime que c’est un service bénéfique et fiable pour les étudiants, ainsi que les hommes d’affaires.

Lors de ma 1ère année d’études j’ai pu bénéficier du PIJ (Plan Initiative Jeune) et d’une aide à la mobilité étudiante du Conseil Régional de Guadeloupe, bien évidemment avec obligation de résultats. Ce n’était pas une grosse somme, mais ça m’a permis de réaliser mon projet sans mettre trop de pression financière sur ma mère.

Comment se sont déroulés tes premiers jours à Trinidad ?

Mon arrivée ici s’est très bien passée, car je venais régulièrement à Trinidad depuis 2002. J’avais déjà quelques contacts sur place et mes premiers jours ont donc été très excitants, avec des journées hyper “speed”, en plus de cette grande satisfaction personnelle ! Par contre je n’oublierai jamais ma 1ère semaine dans le Guesthouse où je résidais à Maraval, avec une majorité de Jamaïcains. Dieu seul sait ce que les Jamaïcains disent lorsqu’ils sont ensemble; c’est incompréhensible, surtout lorsque vous êtes novice ! Et bien pire encore, mon 1er mois en Ecole de Commerce ou je ne comprenais ni mes camarades, ni mes professeurs, ni les cours… en fait absolument rien ! J’étais carrément perdue et un peu désemparée, mais grâce à mon petit magnétophone et ma détermination, je passais toutes mes nuits à réécouter les enregistrements pendant des heures pour finalement obtenir un cours pour le jour suivant ! That was real pressure man ! Je me souviendrais toute ma vie de cette période où j’ai souvent dis tout bas: Ka an ka fè isidan !!!

Quelles sont les principales différences culturelles à Trinidad par rapport à la Guadeloupe ?

Je dirais que nous sommes différents certes, mais que notre créolité nous rapproche dans nos comportements et à travers notre gastronomie, notre mode, notre art ou encore notre musique. Il est vrai que les Trinbagonians* ne s’embrassent pas sur la joue, ils donnent des “hugs”, sortes d’accolades ! Ils ne mangent pas en trois étapes comme nous, tout va dans l’assiette (entrée, plats sucré/salé), it’s a one pot ! Ils ne sont pas fans de desserts, ils gardent tout pour le 4h ! C’est aussi marrant de voir à quel point le poulet est consommé massivement, difficile d’inviter un Trinbagonian chez vous sans lui servir du poulet ! Une autre chose qui m’interpelle également, c’est le fait qu’ils peuvent manger très copieusement au petit-déjeuner, c’est juste incroyable ! Autre point important : la tenue vestimentaire. Elle est un peu plus conventionnelle et plus sobre dans la sphère professionnelle. Le journal télévisé illustre très bien ma pensée…Il y a beaucoup d’autres différences, mais celles-ci sont les plus flagrantes pour moi !
A part cela, je dirais que les Trinbagonian sont décomplexés avec une mentalité plus “free”, une culture très métissée et un mode de vie intense ! Les esprits sont plus festifs, malgré un grand professionnalisme ! Ce sont des gens qui fêtent sans motif particulier, ils aiment partager et répandre leur bonne humeur ! Quand tu viens d’une île ou les soirées sont annulées pour cause de pluies, et que dans une autre il faille une alerte pour empêcher l’accès à une “party”, well well comment dire ? Feting is what they know !

Je me suis adaptée facilement, car j’aime découvrir des choses nouvelles et surtout j’aime la différence ! Je trouve les Trinibagonians extraordinaires dans leur façon d’être et de faire, j’aime leur simplicité qui est parfois surpassée d’une extravagance démesurée ! Le carnaval en est l’exemple ! J’aime leur agressivité dans le monde des affaires et leur sens pointu du protocole ! J’aime la mentalité de “fighter” qui est enseignée dès le plus jeune âge aux enfants, qui grandissent en se disant que le système ne les aidera pas à réussir et qu’ils doivent se battre pour s’assurer un futur ! Pour finir, je dirais que ce sont des gens sympathiques, vraiment gentils, généreux et ouverts d’esprits ! They make you feel like home !

Selon toi, qu’est-ce-qui est habituel chez nous, qu’il faut absolument éviter à Trinidad & Tobago ?

Je dirais, critiquer quelqu’un en français ou en créole (ti manni malpalan an nou) dans un endroit public. Notez bien que certains Trinbagonians comprennent notre langue et de ce fait, il vaut mieux éviter les moments désagréables (rires)… Se lever à bord d’un avion alors qu’il vient à peine de se poser et que le voyant lumineux concernant les ceintures de sécurité est encore allumé. Je trouve cette pratique vraiment trop « normale » chez nous ! Eviter de s’habiller de manière un peu trop cool pour aller en stage ou travailler, vous êtes sûre de rester sur la paille quelque temps !

En 11 ans, quels sont tes meilleurs souvenirs ?

Les nombreuses rencontres que j’ai faites qui continuent d’enrichir ma vie personnelle et professionnelle… les opportunités qui ont frappé à ma porte et qui m’ont permises d’être la femme que je suis aujourd’hui… 🙂

Que changerais-tu si c’était à refaire ?

Si je devais recommencer, je referais exactement la même chose !

Connais-tu d’autres caribéens francophones là-bas ? Est-ce-qu’on est nombreux à y vivre ?

Oh oui il y a pas mal de Guadeloupéens, Martiniquais et Français basés ici, j’en connais quelques-uns de ma génération qui y vivent depuis des années et qui y font un parcours brillant. Certains sont repartis et d’autres se sont lancés tout récemment dans l’aventure! Je profite d’ailleurs pour faire un clin d’œil à trois femmes épatantes Chantal, Florence et Loïza ! These ladies rock !

Que prévois-tu pour la suite de tes projets ? Comptes-tu rentrer en Guadeloupe ?

J’ai un éventail de projets qui se bousculent dans ma tête. Je compte bien évidemment rentrer un jour dans mon 1er chez moi, mais je ne me mets aucune pression. Quand je suis partie à Trinidad, c’était pour y passer un an et ça fait près de 11 ans ! Conclusion: “Je me laisse guider par la main du plus Grand.”

Ton petit mot pour la fin ?

Ma devise: « Think big. Be bold. Stay focused ». Et puis, « toujours aller au bout de ses rêves et faire les choses avec force, patience, conviction et humilité ». Je dédie cette interview à ma #1 motivation, mes filles !

Si l’inébranlable enthousiasme de Naïka vous a contaminé et que vous envisagiez déjà de découvrir Trinidad, ne manquez pas le prochain article. Cette fois elle nous répond sous sa casquette de consultante !

* Trinbagonians : Trinidadiens & Tobagoniens
* Etudiant à bord : plateforme d’assistance pour les projets à l’international qui opère depuis plus de 25 ans
* Rotomoulage : technique de transformation de matières plastiques
* DFA : Départements français d’Amériques.

Rédaction : Doris Nol pour Caribexpat.com 

1 Commentaire
  1. Lauren Boniface 12 mois Il y a

    hello Naika ! Superbe parcours! je suis moi meme expatriee a Londres et je m’apprete a partir a Trinidad en Octobre. J’aimerais avoir quelques infos pratiques. Quel est le meilleur moyen de te contacter?

    merci
    Lauren

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