Les demandes de permis-vacances travail pour le Canada ouvrant généralement en novembre, il me paraissait intéressant d’avoir un aperçu de la vie sur place. Chantal, analyste financier, vous présente son expérience de la Martinique à Toronto où elle vit depuis 2012. Voici la 1ère partie consacrée à son parcours et aux préparatifs de son départ.

Chantal, quel a été ton parcours avant d’arriver ici ?

J’ai toujours été attirée par l’économie et la finance et j’ai commencé mes études à l’EGC Martinique. Après ma licence je souhaitais déjà partir au Canada mais le système éducatif étant très différent il aurait fallu que je passe des équivalences pendant une année. J’ai donc poursuivi mon cursus à Paris en Master « corporate finance » à l’INSEEC pour éviter de perdre une année et avoir un diplôme français puisque mon objectif à long terme est de revenir en Martinique. Après ce master, j’ai occupé un poste d’analyste financier à Paris. Cependant je souhaitais acquérir d’autres compétences notamment en Anglais, d’où ma demande de Permis  en 2011.

Pourquoi ce pays plutôt qu’un autre ?

Pour commencer, j’avais découvert le Canada il y a 8 ans en partant en vacances là-bas avec mes parents. La principale raison est que c’est un pays bilingue Anglais-Français comparé au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Ensuite j’apprécie beaucoup le panorama d’ici car j’ai grandi dans la commune du Morne-Rouge au milieu de paysages naturels. Je souhaitais perfectionner mon anglais mais aussi avoir une vision globale du monde entre l’Europe, la Caraïbe et maintenant l’Amérique.

Quelles ont été les démarches à faire pour organiser ton départ ?

J’ai appris l’existence d’accords bilatéraux entre la France et le Canada par hasard lors d’un salon à Paris où j’ai laissé mes coordonnées. Ensuite, j’ai reçu un e-mail informant de l’ouverture des Permis Vacances-travail (PVT). Après plusieurs recherches je me suis rendue compte que c’était un très bon plan : avoir à la fois un visa touristique et un permis de travail ! J’ai préparé les documents demandés et j’ai reçu une lettre d’introduction m’informant que j’avais obtenu mon PVT. J’ai hésité mais je me suis décidée à partir sachant qu’un candidat admis ne peut obtenir ce visa qu’une seule fois.

Je tiens à dire que l’ignorance tue, car si j’avais été au courant de cet accord bilatéral France-Canada peut-être que les choses se seraient passées beaucoup plus vite !

Comment s’est déroulée ton arrivée ?

Je dois avouer que j’ai eu beaucoup de chance. Grâce à une amie de mon frère, martiniquaise également, j’ai pu bénéficié d’un appartement peu cher payé pendant un mois à Montréal. Je m’étais beaucoup renseignée sur le site pvtiste.net. J’y ai trouvé des conseils quant à la validation du permis de travail, l’obtention du numéro de sécurité sociale, « social insurance number », l’ouverture d’un compte bancaire et l’abonnement mobile. Ensuite, je me suis installée à Toronto où j’ai rencontré des anciens élèves de mon école en Martinique qui m’ont aidé et permis de trouver un logement.

Tu as réussi à obtenir des emplois totalement différents surtout le 1er qui était assez insolite, n’est-ce-pas ?

Tour à tour, j’ai obtenu un poste dans une crêperie puis j’ai travaillé pour le gouvernement de l’Ontario. Ensuite j’ai enseigné le français dans une université – College, comme on dit ici – et j’ai décroché mon emploi actuel dans une compagnie d’assurance.

Dans le 1er cas, c’était tout à fait par hasard ! Nous faisions du stop sur la route lorsqu’une automobiliste française s’est arrêtée. Au fil de la discussion j’ai compris qu’elle recherchait une personne pour travailler dans sa crêperie. Sans me connaître davantage, elle m’a proposé de commencer le mardi d’après. En bonne française, je lui ai demandé si elle ne voulait pas un CV (rires). Elle m’a répondu que ce n’était pas nécessaire. Je me suis dit : why not il faut saisir les opportunités. C’était une façon de s’amuser parce que je n’avais jamais fait çà.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, je n’ai pas trouvé çà dégradant. Cela fait partie de la culture américaine et ici on change rapidement de travail. 2 semaines après j’ai quitté la crêperie ! J’ai réalisé que cela me demandait beaucoup physiquement et ce n’était pas pour moi.

Comment as-tu fait pour décrocher les postes suivants ?

J’ai été recommandée par une colocataire à une agence de placement, système qui fonctionne bien ici. J’ai gagné en expérience en faisant beaucoup de missions de remplacement.

J’ai occupé un poste complètement bilingue lors de ma mission au gouvernement de l’Ontario. Puis, j’ai aussi été professeur de français à l’université. Au début j’ai rencontré des difficultés lors de l’entretien avec le Directeur. En effet, ici les gens nous assimilent souvent à des Haïtiens et pensent qu’on parle d’abord le Créole et que la Martinique n’est pas une région française. J’ai donc du passer des tests en Français.

Il est vrai que la Martinique est petite et n’est pas forcément connue. De plus, il m’a été expliqué qu’ici les gens sont très exigeants et veulent surtout étudier le “français de France”, pas celui du Québec. C’est pour cela que la demande de professeurs de français est très forte.

Tout s’est bien déroulé après avoir rapporté mes diplômes et mon passeport comme justificatifs. J’ai commencé à enseigner dans la section Business & Management où j’effectuais des missions la journée. Tandis que le soir et le week-end je donnais des cours de français à l’université.

Cela a duré jusqu’à ce que je doive renouveler mon visa. Le gouvernement de l’Ontario m’a proposé un contrat de 3 mois renouvelable mais ce n’était pas suffisant pour changer et demander un visa « jeune professionnel ». Après quelques recherches j’ai accepté un poste bilingue de service à la clientèle dans la compagnie d’assurance où je suis aujourd’hui. J’ai quitté l’université où je travaillais car j’étais débordée, par contre je continue à enseigner le français à certains étudiants en cours particuliers.

J’étais trop sollicitée par les étudiants pour les cours et par la société d’assurance qui avait beaucoup de besoins dans l’équipe de service client bilingue. De ce fait, j’ai demandé à avoir un contrat à temps partiel. Ainsi, je peux me recentrer sur mon objectif car je ne suis pas venue ici pour enseigner le français.

Parlons un peu de ton intégration, que retiens-tu de cette culture ?

De nombreux points me paraissent positifs dans la culture nord-américaine.

1. La valorisation de l’individu
C’est très culturel : les Français s’investissent beaucoup mais les résultats obtenus ne sont pas appréciés à leur juste valeur ce qui aboutit à une perpétuelle frustration. On ne sait pas dire que les choses sont bien faites lorsqu’elles le sont, à l’inverse, l’accent est surtout mis sur les choses qui le sont beaucoup moins. Ici le travail bien fait est davantage pointé du doigt.

2. La proximité remplace la barrière hiérarchique
Par exemple un manager ira boire un verre avec son N-1 sans problème. Le style de management est plus participatif qu’autoritaire.

3. La polyvalence est fondamentale
Ici, il n’y a pas de sous-métiers car chacun peut perdre son poste à tout moment. Ainsi, la polyvalence est très valorisée. Quelqu’un peut passer d’un poste de cuisinier à un poste en finance dès qu’il en a les compétences et qu’il sait « se vendre ».

Que dire des Canadiens et des nombreuses communautés de Toronto ?

De ce que j’ai pu constaté pour l’instant, même s’il y a beaucoup de points positifs dans leur culture, il faut également dire que les Canadiens peuvent devenir vos amis mais changer du jour au lendemain, c’est normal. Je pense que s’est aussi dû au fait qu’ils n’aiment pas la stagnation. Par contre, A l’inverse de l’environnement parisien, ici la population portent un autre regard sur ceux qui viennent des îles. Le Canada est « le pays des pingouins » ! Nous sommes plutôt bien vus, un peu comme des « soleils ambulants ».

Mis à part les Canadiens, il y a une communauté caribéenne importante ici, entre autre celle des îles de la Caraïbe anglophone. Je côtoie aussi quelque Martiniquais qui m’ont beaucoup aidé à mon arrivée.

Quels-sont tes conseils pour le quotidien : logement, transports et vie pratique ?

Toronto est l’une des villes les plus chères du Canada. Cependant j’ai choisi de vivre en plein centre-ville pour être proche des 3 rues les plus animées. Je vis en colocation et je paie le même prix que j’aurai payé si j’étais à Paris mais ici je bénéficie d’une chambre plus grande.

Concernant les courses, je ne vais pas dans les supermarchés comme Walmart qui se situent en dehors du centre-ville. De toute façon, le mode d’alimentation américain ne me convient pas. Je privilégie Chinatown et Kensington Market dans le centre où l’on trouve des produits frais à prix raisonnables, des bouchers, laitiers et poissonniers. Ensuite, pour les produits d’hygiène et les médicaments je vais plutôt dans les drugstores.

A propos des transports, Toronto est une petite ville avec 2 lignes de métro plutôt anciennes (comparé au métro Parisien). Autrement il y a un large réseau de bus, mais il faut quand même marcher car plusieurs endroits ne sont pas bien desservis.

Quels seraient tes meilleurs souvenirs ?

Le meilleur souvenir était lors d’un événement organisé chez moi avec une Chinoise, une Irlandaise, une Américaine, une Canadienne et un Iranien. Chacun avait préparé une spécialité de son pays puis nous avons discuté de tous les sujets controversés et des clichés : la religion, les femmes voilées, les Chinois supposés « ultra-travailleurs », la vision de la Caraïbe « sea, sex & sun » complètement erronée. Le multiculturalisme dans toute sa splendeur !

J’ai aussi gardé un très bon souvenir d’un voyage à New-York entre amis. La big apple est située juste à côté de Toronto et les 2 villes n’ont rien à voir. Je pense que je ne l’aurai jamais fait si j’étais à Paris car la destination est très chère.

Que tires-tu de ton expérience aujourd’hui ?

En 1 an ici, j’ai beaucoup évolué et découvert énormément de choses. J’ai gagné en humilité, en confiance, en épanouissement, en compétences, en qualités relationnelles. Je me suis même découverte plus courageuse que je ne le pensais (rires). Je me sens un peu comme en paix avec moi-même et j’estime que mon cursus a été optimisé. En résumé, j’ai fait ce que je voulais faire avec le soutien de mon entourage.

Que changerais-tu si c’était à refaire ?

J’aurai fait davantage de volontariat car c’est considéré comme une expérience professionnelle et très valorisé ici. En plus cela permet d’élargir son réseau. J’aurai aussi préparé des certifications pour accéder à davantage d’opportunités professionnelles.

Qu’est-ce-que tu prévois pour la suite ? Comptes-tu rentrer en Martinique ?

J’ai 1 an pour trouver un emploi qui me permettrait d’obtenir un visa pour rester ici plus longtemps puisqu’après le PVT* et le visa « Jeunes professionnels » il n’y a pas d’autres accords d’échanges. Il faudrait aussi que je passe des certifications pour travailler en finance mais pour l’instant, je ne sais pas si je suis prête à reprendre des cours. J’aimerais rentrer en Martinique avec un anglais parfait dans 5 à 6 ans si je trouve une bonne opportunité professionnelle.

Pour conclure, as-tu d’autres conseils pour les Caribéens qui envisagent de partir à Toronto ?

Il faut savoir ce qu’on quitte et avoir des économies. On dira ce qu’on voudra, une assise financière est un accès à plus de libertés et un luxe qui permet d’attendre un meilleur emploi. Il faut également des personnes sur qui compter : les baisses de moral, et les remises en question…tout cela fait aussi parti du jeu. Le soutien de son entourage est un bon remède. Je dirai également qu’il faut se renseigner au maximum sur tout ! Il s’agit d’éplucher les sites d’informations et de ne pas hésiter à demander de l’aide. Enfin, toute occasion d’avoir une ouverture d’esprit et une rencontre avec soi-même est à prendre. Je suis partie de Paris ou j’avais une bonne situation mais aujourd’hui je ne regrette rien. Il faut être conscient que l’expérience qu’on en tire est sans prix même si ce n’est pas toujours facile au début.

On dit : « voyager est la seule chose que tu achètes qui te rend plus riche ».

La jeunesse est une richesse ! Tant qu’on est jeune on se doit de profiter au maximum de ce qui est mis en place pour nous. Il me semble très pertinent de s’inspirer du modèle nord –américain par moment : s’affirmer, ne pas hésiter et aboutir à une confiance en soi presque démesurée !

* Tips : astuces, conseils
* PVT : Permis Vacances-Travail

Rédaction : Doris Nol pour Caribexpat.com 

2 Commentaires
  1. Herve Beuze 1 année Il y a

    Bonjour je suis de la Martinique et je souhaiterais trouver dans les plus brefs delai un contact sure à Montreal pour les études de ma fille.Mon contact : herve.beuze@gmail.com

    • Doris de Caraibexpat 1 année Il y a

      Bonjour Hervé. Merci pour ton commentaire. Plus d’une centaine de membre de la Communauté Caraibexpat se sont géolocalisés à Montréal. Pour leur envoyer un message il suffit que ta fille se géolocalise comme eux sur la Caraibexpat Map puis qu’elle zoome sur la carte et qu’elle les contacte ! A bientôt ! Doris. –> http://bit.ly/CaraibexpatMap

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