Bumidom : quelles conséquences ?

Les chaines 1ère de Guadeloupe, Martinique, Guyane, ainsi que France Ô, proposent ce soir à partir de 20h45 une soirée spéciale pour les 50 ans du Bumidom. Parmi les invités :

  • George Pau-Langevin, ministre déléguée à la réussite éducative et ancienne présidente de l’ANT
  • Samia Badat Karam, secrétaire général de la FEDOM et membre de l’UMP
  • Jacob Desvarieux, artiste et “enfant du Bumidom”
  • Michel Giraud, sociologue.

Replay : l’émission spéciale 50 ans du bumidom sur pluzz.francetv.fr

Un peu de culture G : Saviez-vous que l’ADOM que vous connaissez aujourd’hui est en fait issue du BUMIDOM ?

Monique Milia Marie-Luce, Maître de conférences à L’Université des Antilles-Guyane qui est intervenue à l’occasion du Forum de la Diaspora les 9 et 10 décembre en Martinique explique :

L’histoire du Bumidom c’est officiellement arrêtée en 1981. La société a été remplacée par l’ANT (Agence nationale pour l’insertion et la promotion des travailleurs d’Outre-mer) dont la gestion était plus centrée sur le départ mais sur l’intégration en France. L’ANT est devenue l’ADOM en 2010, l’Agence de l’Outre-mer pour la Mobilité qui s’occupe des départs mais pas sous la même forme que le Bumidom puisqu’ils sont essentiellement centrés sur la formation […]

D’où l’intérêt de savoir (ou rappeler) ce qu’est le Bumidom…

En 1963, le Bumidom – Bureau pour le Développement des Migrations Intéressant les Départements d’Outre-mer – était officiellement créé par le gouvernement français. L’agence avait pour objectif chiffré : planifier le départ de 8000 personnes chaque année sans retour prévu dans leur région d’origine.

Cette agence a donc organisé l’émigration des jeunes Antillo-Guyanais et Réunionnais (entre 20 et 30 ans) vers la France hexagonale dans un contexte économique difficile dans les anciennes colonies (fermeture des dernières usines sucrières, hausse du chômage…).

Extrait de l’intervention de M. Milia Marie-Luce sur le rôle du Bumidom et les conséquences engendrées dans les Départements d’Outre-mer.

Le Bumidom est avant tout une agence pour l’emploi dont le but est de placer la main d’œuvre antillaise dans les secteurs où elle fait défaut en France. C’est la période des 30 glorieuses, le Bumidom opère des placements directs mais il dirige essentiellement les migrants vers le secteur des batîments et travaux publics, la domesticité et la catégorie C de la fonction publique, et vers des chaînes de construction automobile comme Peugeot et Michelin.

Afin d’installer une politique d’émigration définitive, le Bumidom va aussi assurer le regroupement familial, donc faciliter l’installation de tout ceux qui sont liés avec la personne partie. L’agence a ainsi permis le départ de 42600 personnes (chiffres prenant en compte le regroupement familial) sans compter le courant spontané, c’est-à-dire ceux qui sont partis vers la France hexagonale à la même période sans le Bumidom et qui contactaient les services de l’agence par rapport à leur situation difficile.

Cette installation ne s’est pas faite sans difficulté. C’était une politique basée sur la situation juridique (la citoyenneté française depuis 1848, date de l’abolition de l’esclavage dans les anciennes colonies). On ne les a jamais, dans les textes, considérés comme des immigrés. Un fonctionnaire de l’agence dit en 1968 : “les Bretons émigrent en masse, Pourquoi pas les Antillais qui sont aussi des provinciaux français”. Dans la réalité ils ont souvent été confrontés aux représentations arbitraires de ce qu’est l’étranger. […]. Bien qu’il soient des citoyens, ces “immigrants de couleur” ont connu des situations de discrimination et d’exclusion de la vie économique, sociale et politique dans la société d’accueil […].

Le Bumidom a d’ailleurs été confronté rapidement à ces “problèmes de visibilité”. Le bureau reçoit beaucoup de lettre dans lesquelles les Antilles se plaignaient de “ne pas être traiter comme des Français”, d’actes racistes, de discriminations pour obtenir un logement ou un emploi.

L’objectif initial du Bumidom – faire partir un maximum de personnes vers la France – a été éteint, on le voit avec les chiffres. Ces grandes migrations des années 60 à 70 ont donné la réalité d’aujourd’hui : l’éclatement entre une “population ici” et une “population là-bas”.

L’histoire du Bumidom c’est officiellement arrêtée en 1981. La société a été remplacée par l’ANT (Agence Nationale pour l’insertion et la promotion des Travailleurs d’Outre-mer) dont la gestion était plus centrée sur le départ et sur l’intégration en France. L’ANT est devenue l’ADOM en 2010, l’Agence de l’Outre-mer pour la Mobilité qui s’occupe des départs mais pas sous la même forme que le Bumidom puisqu’ils sont essentiellement centrés sur la formation […].

*Forum de la Diaspora, extrait de l’intervention de Monique Milia-Marie-Luce, Maître de conférences à L’Université des Antilles-Guyane.

Lire l’article sur le site de la 1ere.fr

Rédaction : Doris Nol pour Caribexpat.com 

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