portrait_nadege_antillaise_republique_dominicaineC’est un peu le rôle de Nadège dont la véritable mission est de promouvoir la Guadeloupe en République Dominicaine.

Ne vous méprenez pas, elle ne travaille dans pas dans le tourisme. Après son bac, elle choisit de rester étudier en Guadeloupe. Son master en coopération internationale et développement en poche, elle passe par Trinidad et Tobago puis Paris avant d’arriver à Santo Domingo.

Les relations avec nos voisins Caribéens vous intéressent tout particulièrement et vous êtes nombreux à nous poser la question : « on signe un accord de coopération et après… ? ».

On espère que cette immersion dans le quotidien de Nadège y répondra en partie ! Autrement, n’hésitez pas à lancer le débat et postez lui aussi vos questions à la fin de l’article.

Nadège, tu pensais partir pour Ste-Lucie mais tu es arrivée en République Dominicaine ! Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Je travaillais dans un cabinet d’avocats d’affaires internationales à Paris et j’ai entendu dire que la Guadeloupe souhaitait s’intégrer davantage dans les institutions caribéennes et qu’un dispositif était en train de se mettre en place. J’ai postulé et j’ai obtenu un entretien qui s’est concentré sur un poste basé à Sainte-Lucie, même si je n’avais pas de préférences particulières quant à mon affectation. J’ai été retenue et j’organisais mon déménagement pour revenir en Guadeloupe à côté. Quelques mois après j’ai reçu mon affectation pour la République Dominicaine !

Quel est l’objectif du dispositif dont tu fais partie ?

Le dispositif a été pensé et mis en place par la région Guadeloupe. Je suis basée à l’ambassade de France en République Dominicaine depuis novembre 2013 et il y a également d’autres jeunes comme moi à Miami, au Québec, à Sainte-Lucie et au Panama. Nous sommes un peu comme des « ambassadeurs de la Guadeloupe à l’étranger ». Il existe des projets de coopération dans chaque pays d’affectation et notre objectif est de les poursuivre en les pérennisant.

Qu’est-ce-qui t’a marqué à ton arrivée à Santo Domingo ?

Tout d’abord l’espagnol ! Il y a l’espagnol que l’on étudie à l’école et celui d’ici qui est différent avec les dominicanismos (manière de parler des dominicains). Sinon, le système de motoconcho ou moto taxi m’a perturbé ! Généralement il y a 2 places sur une moto. Ici il y a entre 3 et 7 personnes sur une seule moto ! Mais les dominicains fonctionnent très bien comme çà même quand ils transportent une bouteille de gaz ou un téléviseur ! Et surtout le fait qu’on puisse faire des courses le dimanche et les jours fériés comme un jour totalement normal !

Ton objectif est de faire avancer les projets de coopération entre la Guadeloupe et la République Dominicaine.
Comment se passe ton quotidien ?

Je rencontre les acteurs locaux et je fais connaître la Guadeloupe. Je repère aussi les manifestations qui peuvent avoir un intérêt pour la Guadeloupe en faisant de la veille. Nous sommes des alliés incontournables pour les porteurs de projets dans tous les domaines : tourisme, économie, agriculture, sport…

Le plus difficile est de convaincre les acteurs car tout le monde connaît la France mais pas la Guadeloupe. Je m’en suis rendu compte en faisant la promotion d’un programme de bourses auprès des étudiants ici. C’est compliqué de leur expliquer qu’ils peuvent être dans un environnement francophone à 2 heures de chez eux ! Il ont du mal à intégrer que la Guadeloupe c’est la même chose que la France et que nous ne sommes pas moins bons.

Au sujet du programme de bourse dont tu fais la promotion, as-tu réussi à convaincre des jeunes de République Dominicaine à y participer et venir étudier en Guadeloupe ?

Oui, j’ai réussi à en convaincre. Ce qui est intéressant dans la promotion de ce programme d’échange c’est vraiment le retour d’expérience des étudiants qui ont participé. Cà a vraiment été bénéfique pour eux, et quand ils parlent de la Guadeloupe on ressent vraiment la joie de cette expérience. Ca fait plaisir !

Et dans le sens inverse, y-a-t-il quelques étudiants Guadeloupéens tentés par la République Dominicaine ?

Les Guadeloupéens peuvent aussi venir en République Dominicaine, il y a des accords de coopération avec l’Université des Antilles en ce sens, il faut se rapprocher du bureau des relations internationales de l’Université pour cela. Malheureusement, c’est plus rare car ils ont peur de leur niveau en espagnol, mais il y en a qui sont partis faire des stages ! De plus, je les incite à venir sans crainte !

Ensuite, partir à l’étranger et partir en France ce sont 2 choses différentes. Un Guadeloupéen qui vient vivre ici doit avoir une grande capacité d’adaptation, le niveau de vie en République dominicaine est parfois différent de ce à quoi on peut être habitué en Guadeloupe. Par exemple le système de ramassage d’ordures n’est pas encore au point tout comme le recyclage. Aussi, les gens achètent des bidons d’eau pour le quotidien car il est fortement déconseillé de boire l’eau du robinet. De plus, les coupures d’électricité sont très fréquentes ici, il faut avoir un générateur ou un inverseur sinon la vie peut très vite tourner au cauchemar…sauf si on aime les diners à la bougie !

Ou en sommes nous sur la coopération entre la Guadeloupe et la République Dominicaine dans les autres domaines : tourisme, économie…?

Il existe plusieurs projets de coopération entre les deux îles notamment CABARE avec le CIRAD qui vise à mettre au point et diffuser dans la Caraïbe des itinéraires techniques à base d’hybrides de bananiers résistants aux maladies virales et fongiques. Il y a également un projet pour la mise en place d’un observatoire VIH pour les trois DFA (Départements Français d’Amériques )avec divers partenaires dont la République Dominicaine.

A côté de tes missions, comment t’es-tu adaptée à ton environnement ?

A mon travail je suis entourée de Français expatriés […] Sinon en général les gens me parlent en Anglais car je n’ai pas le look haïtien, ni dominicain ! Dès mon arrivée, je me suis dit qu’il fallait que je rencontre des Dominicains au moins pour découvrir le pays. J’essaie de vivre vraiment comme eux et j’ai des amis Français, Dominicains et Haïtiens. Les gens sont vraiment volontaires et sympathiques, ils discutent avec toi, ils ont aussi l’habitude des touristes et ils ne sont pas méfiants, ils ont envie de t’aider. Il faut juste faire attention, ne pas montrer que l’on a de l’argent et renvoyer l’image d’une personne simple. J’habite près de mon travail donc je n’ai pas acheté de voiture, j’y vais à pieds surtout que la conduite est assez particulière ici ! Sinon il y a 2 lignes de métro hyper propres et sécurisées (on n’a pas le droit de boire ni de manger ou d’avoir des animaux à l’intérieur) et aussi les guaguas (comme les taxis collectifs). Les caros publicos (plus ou moins l’équivalent des taxis de places) te conduisent partout pour 25 pesos*. Il y a également un système de bus pour se rendre dans les autres provinces. Le coût de la vie est très abordable pour un européen.

Tu fais le lien entre les 2 îles grâce à cette mission, envisages-tu un retour en Guadeloupe ?

Je suis ici jusqu’à mai 2015. J’ai suffisamment vécu en dehors de la Guadeloupe, j’ai plutôt envie d’apporter quelque chose en étant en Guadeloupe et pas à l’étranger. Même si je sais que nul n’est prophète en son pays, je pense qu’on ne peut être efficace qu’à la racine et la mienne est la Guadeloupe.

On espère que cette interview de Nadège vous donne un exemple concret des formes de coopération et des échanges entre les îles francophones et leur environnement caribéen.

Pour conclure, elle nous confie sur une note d’humour : « ce serait bien qu’un guadeloupéen exporte de la sauce chien ici, en République Dominicaine on propose surtout du ketchup même avec du poisson grillé ! »
Avis aux entrepreneurs, Nadège sera un bon point de contact pour vous !

Autrement, si vous êtes juste de passage pour faire un peu de tourisme ne manquez pas le prochain épisode : République Dominicaine, les plages mais pas que…

Remerciements : Nadège, Guadeloupéenne en mission en République Dominicaine dans le domaine de la coopération.

* 1 peso dominicain = 0,171 euros. 1 euros = 58 pesos. Le salaire moyen est de 7000 pesos à 10 000 pesos / mois. Il est possible d’acheter un plat avec moins d’un euro.

Rédaction : Doris Nol pour Caribexpat.com 

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